

Kinésithérapie du sport
Blood Flow Restriction adapté à la rééducation
Anthony Baillon
BFR en kiné : pression d'occlusion, brassard, charge à 20-40 % du 1RM, schéma 30-15-15-15, preuves par pathologie, contre-indications et sécurité.

Le BFR ne se justifie que lorsque la charge lourde est impossible ou non conseillée : après chirurgie, en cas de douleur à l'effort, ou chez le sujet fragile.
45essaisrandomisés, 1 652 participants, dans la méta-analyse la plus récente (BJSM 2026)
La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.
Ce sujet fait l'objet d'une formation : Blood Flow Restriction adapté à la rééducation , en ligne avec Anthony Baillon.
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8 chapitres de l'article · 53 min au total
Principe◔ 5 min
Le BFR restreint l'apport artériel et occlut le retour veineux du muscle qui travaille pendant un exercice à faible charge.
Réglages◔ 7 min
Régler la pression en pourcentage d'une pression d'occlusion mesurée, avec le brassard et dans la position de la séance, jamais à une valeur fixe.
Modes◔ 5 min
Le BFR avec exercice de force est le mieux documenté ; l'aérobie donne de bons résultats en petits essais ; le passif reste une hypothèse.
Preuves◔ 13 min
Dans les pathologies musculosquelettiques, le BFR fait mieux que la même charge sans brassard (certitude faible) et pareil que la charge lourde (certitude modérée).
Sécurité◔ 8 min
Les événements graves sont rares dans les enquêtes, qui sont déclaratives ; des cas graves sont publiés.
Dépistage◔ 5 min
Les cadres de dépistage ne sont pas validés sur des événements cliniques : ils servent à orienter vers le médecin.
Cas◔ 4 min
Deux observations favorables et quatre accidents : chaque accident s'accompagne d'un facteur de risque identifié.
Pratique◔ 6 min
Proposer le BFR au patient dont la charge lourde est impossible ou non conseillée, pas à celui qui peut s'en passer.
Se former


Kinésithérapie du sport
Anthony Baillon
La suite, c'est la pratique : la formation qui enseigne ce sujet, avec Anthony Baillon.
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Le BFR (blood flow restriction) permet de renforcer un muscle avec des charges légères, en posant un brassard qui limite son irrigation pendant l'effort. Pour un kinésithérapeute, la question n'est pas de savoir si la technique « marche » en général, mais pour quel patient, avec quels réglages, sur quelle preuve et avec quelles précautions. Cette synthèse répond à ces quatre questions à partir du position stand international de 2019 et des revues systématiques publiées jusqu'en 2026, et dit aussi ce qui reste incertain.
En bref
Le BFR en trois chiffres
La pression, la charge et la base de preuve la plus récente.
Sources : Patterson et coll. 2019, Front Physiol 10:533 (PMID 31156448) ; Gaviglio et coll. 2026, J Funct Morphol Kinesiol 11(2) (PMID 42200881) ; Ferlito et coll. 2026, Br J Sports Med 60(18):1421-1433 (PMID 42399091).
Un brassard, une charge légère, et une fatigue qui arrive vite : voilà ce qui distingue le BFR d'un renforcement ordinaire. Ce chapitre définit la technique, retrace son origine et sépare ce qui est démontré (les effets) de ce qui est seulement proposé (les mécanismes).
Le BFR est une méthode d'entraînement qui restreint partiellement l'afflux artériel et occlut le retour veineux dans le muscle qui travaille. On pose un brassard pneumatique à la racine du membre, on le gonfle, puis on réalise l'exercice.1 L'idée remonte au Dr Yoshiaki Sato, au Japon, où la méthode s'appelait « kaatsu », c'est-à-dire entraînement avec pression ajoutée.1 Elle se pratique aujourd'hui dans le monde entier, le plus souvent sous le nom de BFR (ou « BFR training »), avec un garrot pneumatique, en musculation et en préparation sportive comme en rééducation : parmi 115 praticiens qui prescrivaient du BFR, l'objectif le plus cité était d'augmenter la masse musculaire (32,6 %), devant la rééducation après blessure (24,2 %).13
Que se passe-t-il sous le brassard ? Le gonflage comprime les vaisseaux : l'apport artériel en aval est réduit, le retour veineux l'est bien davantage. Le sang stagne dans les capillaires du membre, ce que l'on voit à l'érythème distal, et le muscle manque d'oxygène. Quand il se contracte sous restriction, la pression intramusculaire sous le brassard monte et perturbe encore la circulation.1 Conséquence concrète : à charge identique et menée jusqu'à l'échec, le brassard fait réaliser moins de répétitions que l'exercice libre, et le même exercice devient beaucoup plus exigeant.14
Le fait établi, c'est l'effet sur le muscle. Dans un essai classique chez des femmes âgées (24 participantes, 16 semaines, flexion du coude), un exercice à 50-30 % environ du 1RM avec une occlusion d'environ 110 mmHg a augmenté la section musculaire et la force isocinétique davantage que le même exercice sans occlusion, et dans des proportions comparables à celles de l'exercice à 80-50 % du 1RM.15 Chez le sujet sain, l'hypertrophie après BFR à faible charge est comparable à celle de l'entraînement en charge lourde, alors que le gain de force maximale est plutôt inférieur, avec des revues qui divergent sur ce second point (voir le chapitre sur le niveau de preuve).1617
Le délai d'action est court : des adaptations de force et de volume ont été observées dès une à trois semaines, ce que le position stand rattache à la possibilité de s'entraîner à haute fréquence avec des charges qui fatiguent peu les structures. L'œdème aigu contribue aux premiers gains de volume, mais l'augmentation persiste deux à dix jours après la séance.1
Quatre repères sur les effets
Ce que les études mesurent chez le volontaire et le sujet sain, avant toute indication clinique.
Sources : Centner et coll. 2019, J Appl Physiol 127(6):1660-1667 (PMID 31725362) ; Hughes et Patterson 2020, J Appl Physiol 128(4):914-924 (PMID 32105522) ; Patterson et coll. 2019 (PMID 31156448). Les deux premiers repères viennent de volontaires, le troisième et le quatrième de la synthèse de la littérature du position stand.
Le stress métabolique est considéré comme le facteur principal du BFR, et il agirait en s'ajoutant à la tension mécanique, pourtant faible à ces charges. Les voies invoquées sont nombreuses : recrutement accru des fibres rapides, mécanotransduction, gonflement cellulaire, production hormonale locale et systémique, espèces réactives de l'oxygène.18 L'activation des fibres de type II, souvent présentée comme le mécanisme central, a toutefois été surtout déduite de méthodes indirectes (électromyographie, spectroscopie par résonance magnétique) et rarement mesurée directement : les auteurs de la revue d'intégration la plus complète parlent d'une incertitude considérable sur le schéma réel d'activation des fibres.19
On sait que le brassard change le résultat quand la charge est légère. On ne sait pas encore avec certitude pourquoi.
Cette distinction a une conséquence pour la séance : le kinésithérapeute peut utiliser la technique sans trancher entre les mécanismes, à condition de ne pas raconter au patient une physiologie que personne n'a démontrée.
Le tendon. Chez 55 volontaires sains répartis en trois groupes, 14 semaines de BFR à 20-35 % du 1RM ont augmenté la raideur du tendon d'Achille de 36,1 %, contre 40,7 % pour l'entraînement à 70-85 % du 1RM, et sa section de 7,8 % contre 4,6 %. Les changements étaient comparables entre les deux groupes.20 C'est un résultat chez des sujets sains : il montre que des charges légères sous brassard peuvent stimuler le tendon, pas qu'elles traiteraient une tendinopathie (voir le chapitre sur le niveau de preuve).
La douleur. Chez 12 volontaires, un exercice de presse de jambe à 30 % du 1RM avec un brassard à 80 % de la pression d'occlusion a élevé le seuil de douleur à la pression de 48 % dans le membre qui s'exerce, contre 10 à 34 % pour les autres conditions. L'effet persistait 24 heures et s'accompagnait d'une hausse de la bêta-endorphine plasmatique.21 Le même groupe a retrouvé une hypoalgésie locale et systémique après 20 minutes de vélo à faible intensité sous brassard.22 Ces travaux portent sur des volontaires et non sur des patients : leur traduction clinique reste discutée, et les essais chez le patient douloureux montrent un effet plus modeste (voir le chapitre sur le niveau de preuve).
À retenir
Un protocole de BFR tient en quelques réglages. Ce chapitre donne les valeurs de référence du position stand international de 2019, puis ce que la pratique et les études plus récentes y ajoutent. Ces valeurs sont un point de départ clinique, pas une prescription : elles se règlent sur le patient, son membre et son matériel.
| Paramètre | Valeur de référence | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Pression | 40 à 80 % de la pression d'occlusion artérielle (AOP), mesurée avec le brassard utilisé | Les essais de rééducation après LCA fixent le plus souvent 80 %.15 |
| Brassard | 5 cm (petit), 10-12 cm (moyen), 17-18 cm (grand) | Plus le brassard est large, plus la pression absolue nécessaire est basse. Un brassard très large peut gêner le mouvement. Le matériau, élastique ou nylon, ne modifie pas les résultats démontrés.1 |
| Charge | 20 à 40 % du 1RM | Vers 20 %, une pression plus haute (environ 80 % de l'AOP) peut être nécessaire, hypothèse qui reste à confirmer.1 |
| Volume | 75 répétitions en 4 séries (30-15-15-15), ou 3 à 5 séries jusqu'à l'échec concentrique | Aller jusqu'à l'échec n'est pas toujours nécessaire, notamment en rééducation post-opératoire.1 |
| Repos entre séries | 30 à 60 secondes, brassard en général maintenu gonflé | La pression peut être relâchée entre les séries, ce qui atténue la réponse cardiovasculaire mais aussi, peut-être, le stress métabolique.1 |
| Temps de restriction | 5 à 10 minutes par exercice, avec reperfusion entre les exercices1 | Les consignes issues de la méthode kaatsu limitent une inflation continue à 15 minutes au membre supérieur et à 20 minutes au membre inférieur.2 |
| Fréquence | 2 à 3 séances par semaine au-delà de trois semaines, ou 1 à 2 par jour pendant 1 à 3 semaines | Dans une méta-analyse portant sur le membre inférieur, 2 à 3 jours par semaine donnaient un effet plus grand que 4 à 5 jours.23 |
| Vitesse et fin de série | 1 à 2 secondes en concentrique et en excentrique | Jusqu'à l'échec concentrique ou jusqu'à la fin du schéma prévu.1 |
Les premières études appliquaient la même pression absolue à tous, de 50 à 300 mmHg. Or la pression qui arrête le flux dépend de la taille du membre, de la largeur et de la forme du brassard, et de la tension artérielle : un membre volumineux demande plus de pression, quelle que soit la largeur du brassard.1 Le position stand recommande donc de régler la pression à partir d'une mesure, en gonflant d'abord le brassard utilisé jusqu'à l'arrêt du flux (100 % de l'AOP), puis en travaillant à un pourcentage de cette valeur. Un réglage à 40 % de l'AOP ne produit pas 40 % de réduction du flux : c'est un repère de réglage, pas une mesure de ce que reçoit le muscle.1
Les ordres de grandeur le montrent. Chez 249 participants, la pression nécessaire pour arrêter le flux à la partie haute du bras valait en moyenne 145 mmHg (écart type 19) avec un brassard de 5 cm, 123 mmHg (13) avec 10 cm et 120 mmHg (12) avec 12 cm. La circonférence du bras expliquait la plus grande part de la variation, les hommes demandaient des pressions plus élevées, et les participants noirs non hispaniques plus que les participants blancs à sexe égal.24 Au membre inférieur, la circonférence de la cuisse et la pression systolique prédisent l'occlusion.25 Appliquer des valeurs arbitraires aboutit à des restrictions très variables : sur 75 participants, elles ont donné entre 120 et 190 % de la pression d'occlusion du membre, et les consignes de 200 ou 300 mmHg dépassent largement l'occlusion.26
La pression qui arrête le flux dépend du brassard et de la position
Pression d'occlusion artérielle moyenne mesurée au Doppler (écart type entre parenthèses).
Sources : Jessee et coll. 2016, Sports Med 46(6):913-921 (PMID 26820301) ; Hughes et coll. 2018, PeerJ 6:e4697 (PMID 29736337). Deux études, deux segments de membre, deux appareils : on compare l'effet du brassard d'un côté et celui de la position de l'autre, pas les deux groupes entre eux.
La pression d'occlusion dépend de la position du corps. Chez 50 volontaires sains, elle valait en moyenne 187 mmHg en décubitus, 204 mmHg assis et 241,5 mmHg debout au membre inférieur, avec des différences significatives entre les trois positions. Les auteurs en concluent qu'elle doit être mesurée dans la position où le brassard sera utilisé.27 Un essai croisé chez 30 hommes entraînés (4 séries à 30 % du 1RM, brassard à 60 % de la pression d'occlusion) a confirmé que le choix de position compte : une pression mesurée assis augmentait les contraintes perçues et réduisait le nombre de répétitions par rapport à une pression mesurée en décubitus.14
Chez 18 participants, la pression réellement transmise au membre pendant l'exercice dépassait la pression affichée de 10 mmHg (écart type 8) avec un système automatique à gonflage rapide et de 48 mmHg (écart type 36) avec une pompe manuelle et un tensiomètre, mais ne s'en écartait pas avec un garrot automatique personnalisé. Les systèmes qui appliquaient les pressions les plus hautes amplifiaient la pression artérielle moyenne et la douleur ressentie.28 Une enquête auprès de 250 praticiens, dont 115 prescrivaient du BFR, confirme l'hétérogénéité du terrain : 57,4 % des répondants déclaraient ne pas utiliser la même largeur de brassard au membre supérieur et au membre inférieur, avec des pressions finales variables.13
Le schéma de référence est de 75 répétitions réparties en quatre séries : 30, puis trois fois 15, avec 30 secondes de repos pendant lesquelles le brassard reste gonflé.1 C'est celui qu'ont suivi des patients opérés du LCA et des sujets non blessés dans une étude de presse de jambe unilatérale à 30 % du 1RM avec un brassard à 80 % de la pression d'occlusion.29
Le schéma de référence : 30, puis trois fois 15
75 répétitions en quatre séries, brassard gonflé en continu, 30 secondes de repos entre les séries.
Sources : Patterson et coll. 2019 (PMID 31156448) ; schéma utilisé chez des patients opérés du LCA par Hughes et coll. 2018, Phys Ther Sport 33:54-61 (PMID 30014968).
Ce schéma suffit pour obtenir des adaptations chez la plupart des sujets. Doubler le volume de charge soulevée ne semble pas augmenter les adaptations, et l'échec n'est pas indispensable en situation clinique.1
Le BFR vise à se passer de la charge lourde, pas à s'y ajouter. Dans un essai randomisé qui a ajouté un brassard (80 % de la pression d'occlusion) à un exercice isocinétique de presse à 70 % du 1RM chez 34 patients opérés du LCA (âge moyen 16,5 ans), 8 semaines de traitement n'ont amélioré ni la force, ni l'activation du quadriceps, ni le volume du droit fémoral par rapport au même exercice sans brassard.7
Le brassard sert à travailler léger. Ajouté à une charge de 70 % du 1RM après LCA, il n'a rien apporté dans un essai randomisé de 34 patients.
À retenir
Le brassard peut accompagner un exercice de force, un exercice d'endurance, ou s'utiliser sans aucun exercice. Les trois ne reposent pas sur la même quantité de preuves : le premier est le mieux documenté, le dernier l'est à peine.
| Mode | Principe | Paramètres de référence | Niveau de documentation |
|---|---|---|---|
| Résistif | Exercice de force à faible charge sous brassard | 20 à 40 % du 1RM, 40 à 80 % de l'AOP, schéma 30-15-15-151 | Nombreux essais et méta-analyses (voir le chapitre sur le niveau de preuve) |
| Aérobie | Marche ou vélo à faible intensité sous brassard | Moins de 50 % de la VO2max ou de la réserve de fréquence cardiaque, 5 à 20 minutes par exercice, 40 à 80 % de l'AOP, 2 à 3 séances par semaine1 | Essais de petite taille et une méta-analyse sur la capacité aérobie30 |
| Passif | Brassard gonflé par cycles, sans exercice, pendant une immobilisation ou un alitement | Intervalles de restriction de 5 minutes, 3 à 5 séries séparées de 3 à 5 minutes de reperfusion, 1 à 2 fois par jour ; pression non établie, des pressions élevées (70 à 100 % de l'AOP) pouvant être nécessaires1 | Trois études dans une revue (38 participants), un essai contrôlé en sens contraire1112 |
Le principe est de coupler une intensité d'effort très basse à la restriction. Dans un essai chez 18 hommes, trois semaines de marche à 50 m par minute (cinq séquences de deux minutes), deux fois par jour, six jours par semaine, sous brassard, ont augmenté la surface de section et le volume des muscles de la cuisse de 4 à 7 % et la force maximale de 8 à 10 %. Le groupe qui marchait sans brassard n'a rien gagné.31 Le position stand rapporte, sur l'ensemble de la littérature, des gains de force de 7 à 27 % et d'hypertrophie de 3 à 7 % après BFR aérobie.1
Sur la capacité aérobie, une méta-analyse de 7 études (121 participants jeunes et sains) retrouve un avantage du BFR (écart standardisé de 0,38 ; IC 95 % de 0,01 à 0,75), concentré sur les efforts d'intensité faible à modérée (0,57) et absent à haute intensité.30 Dans un essai de 8 semaines chez 30 hommes jeunes, 30 minutes de vélo à 40 % de la VO2max sous brassard ont augmenté la force, induit une hypertrophie semblable à celle d'un entraînement en charge à 70 % du 1RM, et amélioré la VO2max.32
Chez le sujet âgé, la marche sous brassard donne dans une méta-analyse des écarts de force très élevés (3,09 ; IC 95 % de 2,04 à 4,14) et un écart de masse musculaire de 1,82 (1,32 à 2,32), mais ils reposent sur un petit nombre d'études et sur des effectifs réduits (11 études, 238 participants pour l'ensemble de la revue) : ces ordres de grandeur sont à lire comme une direction, pas comme une promesse.33
Le protocole passif reprend un schéma ancien : 5 minutes de restriction, 3 minutes de reperfusion, répétées 3 à 4 fois, une à deux fois par jour, pendant 1 à 8 semaines dans les études publiées.1 La pression n'est pas standardisée, et les auteurs du position stand notent que de hautes pressions, proches de l'occlusion complète, pourraient être nécessaires.1
Les données sont minces. Après chirurgie du LCA, deux séances quotidiennes de cinq cycles d'occlusion (pression maximale moyenne de 238 mmHg) entre le 3e et le 14e jour ont limité la perte de section des extenseurs du genou (−9,4 % contre −20,7 % sans occlusion, 8 patients par groupe).34 Chez des volontaires sains plâtrés deux semaines, 200 mmHg répétés 5 fois 5 minutes, deux fois par jour, ont protégé la force et les circonférences, ce que ne faisait pas un programme de contractions isométriques ; un second essai a retrouvé un effet avec seulement 50 mmHg.3536 La revue systématique de ces travaux ne compte que trois études et 38 participants, toutes à haut risque de biais, et conclut que l'effet est possible mais non établi.11
Surtout, un essai contrôlé plus récent est allé en sens inverse. Chez 30 volontaires sains dont une jambe a été déchargée 14 jours, trois cycles de 5 minutes d'occlusion à une pression supérieure à la pression systolique, deux fois par jour, n'ont pas empêché la perte de masse maigre de la cuisse (−3 % contre −4 % sans traitement). Associé à une électrostimulation, le même brassard l'a prévenue (−0,3 %), mais sans protéger la force.12 Dans un autre essai de 14 jours d'immobilisation (31 adultes jeunes), ni le brassard seul ni son association à l'électrostimulation n'ont empêché la réduction du diamètre de l'artère fémorale superficielle.37 En réanimation, une étude intra-patient de 20 patients âgés a observé une atrophie un peu moindre du côté du brassard (−2,1 mm contre −2,8 mm d'épaisseur musculaire), sans événement indésirable.38
Sur le BFR passif
Le BFR passif repose sur trois petites études favorables et un essai contrôlé qui ne retrouve pas l'effet sur la masse maigre. Il n'a pas le niveau de preuve du BFR avec exercice. En post-opératoire immédiat, il rencontre en plus le risque thrombotique propre à cette période (voir le chapitre sur les contre-indications) : l'envisager suppose l'accord du chirurgien, pas une décision de cabinet.111239
L'association du BFR à une électrostimulation est une piste récente que le position stand juge insuffisamment documentée pour en tirer des recommandations. Un essai contrôlé, décrit ci-dessus, l'a comparée au brassard seul pendant une décharge de 14 jours.112
À retenir
Le BFR n'a pas une indication mais plusieurs, avec des niveaux de preuve très différents. Ce chapitre commence par les méta-analyses globales, puis reprend les situations cliniques une à une. Les résultats nuls ou défavorables y sont rapportés au même niveau que les résultats favorables.
Les méta-analyses sur la force musculaire ne donnent pas la même réponse parce qu'elles ne comparent ni les mêmes populations ni les mêmes entraînements. Celle de 2017 sur 20 études de rééducation musculosquelettique (3 après reconstruction du LCA, 3 dans la gonarthrose, 13 chez des sujets âgés à risque de sarcopénie, 1 dans la myosite à inclusions) trouve un effet modéré du BFR à faible charge sur la force (g de Hedges de 0,523 ; IC 95 % de 0,263 à 0,784), inférieur à celui de l'entraînement en charge lourde (0,674).40 Chez le sujet sain, une méta-analyse retient une force supérieure après charge lourde et une hypertrophie semblable,16 alors qu'une autre, sur 16 études et 310 participants de 20 à 80 ans, ne retrouve aucune différence de gain de force entre BFR à faible charge et charge lourde (écart standardisé de −0,17 ; IC 95 % de −0,40 à 0,05).17
La plus récente, publiée en 2026 dans le British Journal of Sports Medicine, se limite aux personnes atteintes d'une pathologie musculosquelettique : 45 essais randomisés, 1 652 participants, une qualité méthodologique moyenne (score PEDro moyen de 6,55) et une majorité d'essais classés « quelques réserves » sur au moins un domaine du risque de biais. Elle conclut à trois choses.3
Ce que mesurent les méta-analyses, et dans quel sens
Écarts standardisés avec intervalle de confiance à 95 % : positif quand le BFR est favorisé.
Sources : Ferlito et coll. 2026 (PMID 42399091) ; Grønfeldt et coll. 2020, Scand J Med Sci Sports 30(5):837-848 (PMID 32031709) ; Centner et coll. 2019, Sports Med 49(1):95-108 (PMID 30306467) ; Machado et coll. 2026 (PMID 42367229) ; Zeitlin et coll. 2025 (PMID 40435680). Populations, comparateurs et critères diffèrent : les lignes ne s'additionnent pas.
À charge légère, le brassard fait mieux que pas de brassard. Face à la charge lourde, il fait aussi bien sur la force dans les pathologies musculosquelettiques, avec une certitude modérée.
Sur les douleurs de genou, une méta-analyse de 2025 (15 essais, 418 participants, après LCA, chirurgie du cartilage, arthrose ou douleur fémoro-patellaire) est plus réservée : l'ajout du BFR à l'entraînement en résistance améliore la douleur à court terme (écart standardisé de 0,47 ; IC 95 % de 0,09 à 0,85) mais avec une certitude très faible et une portée clinique douteuse, et il ne change ni la fonction ni la force du quadriceps. Ses auteurs recommandent la prudence avant de proposer le BFR dans les atteintes du genou.4
C'est l'indication la plus étudiée, et celle où la tendance est la plus cohérente : un quadriceps qui fond après l'opération, une charge lourde mal tolérée, des essais de qualité moyenne qui vont plutôt dans le même sens. Le détail est moins net.
| Source | Population et protocole | Résultat |
|---|---|---|
| Ohta 200341 | Essai randomisé, 44 patients, 16 semaines, entraînement à faible charge avec ou sans restriction | Gain de force et de section du quadriceps supérieur avec restriction |
| Hughes 201942 | Essai randomisé, 28 patients (24 analysés), 8 semaines, presse de jambe deux fois par semaine : BFR à 30 % du 1RM contre charge lourde à 70 % | Force et épaisseur musculaire comparables ; réduction de la douleur de genou de 67 % contre 39 % ; aucun événement indésirable |
| Curran 20207 | Essai randomisé, 34 patients, exercice à 70 % du 1RM avec ou sans brassard, 8 semaines | Aucune différence sur la force, l'activation et le volume musculaire |
| Koc 202643 | Essai randomisé, 28 patients (23 analysés), greffe os-tendon rotulien-os, 12 semaines : BFR à faible charge contre charge lourde | Force, douleur, épanchement et amplitudes comparables |
| Gopinatth 20255 | Méta-analyse, 8 essais, 245 patients | Force isocinétique (écart standardisé de 0,77), score IKDC (+10,97 points) et douleur (1,52, hétérogénéité de 87 %) en faveur du BFR ; volume musculaire sans différence |
| Hu 20266 | Méta-analyse, 9 essais, 372 patients | Score de Lysholm (+5,75 points) et couple de pointe du quadriceps en faveur du BFR ; score IKDC, douleur et amplitudes sans différence |
Trois enseignements. Le premier est que, dans les deux essais qui comparent le BFR à faible charge à la charge lourde, le BFR fait au moins aussi bien sur la force du quadriceps.4243 Le deuxième est que l'ampleur du bénéfice reste instable : deux méta-analyses récentes ne s'accordent ni sur le score IKDC ni sur la douleur, et la plus récente note que l'effet sur la douleur, la mobilité et la récupération à long terme reste à étudier.56 Le troisième est que la douleur change de siège plutôt qu'elle ne disparaît : pendant l'effort, la douleur du genou est moindre sous BFR mais la douleur musculaire est plus forte, pour une perception d'effort identique.44
La revue systématique de 2020 sur la période périopératoire juge les preuves éparses et hétérogènes, ce que ses auteurs attribuent à la nouveauté de la technique, et relève des occlusions de 3 à 5 minutes avec des repos de 45 secondes à 3 minutes.45 Pour la rééducation complète du LCA, voir notre synthèse sur la rééducation post-opératoire du ligament croisé antérieur.
Un détail qui change la lecture
Les méta-analyses réunissent des protocoles de charge différente. Un essai randomisé de 34 patients opérés du LCA n'a trouvé aucun bénéfice à ajouter le brassard à un exercice à 70 % du 1RM.7 Le résultat moyen d'une méta-analyse ne dit pas lequel de ces protocoles le produit : mieux vaut reprendre les paramètres de l'essai qui a montré l'effet que viser une moyenne.
Dans l'arthrose, l'argument est de renforcer sans la contrainte articulaire d'une charge lourde. Les essais le soutiennent sur la tolérance, moins sur le résultat clinique.
Une méta-analyse de 5 études ne retrouve aucune différence entre le BFR et l'entraînement conventionnel sur la douleur (écart standardisé de −0,04) ni sur la fonction, avec moins d'événements indésirables face à la charge lourde.49 Un recensement de 18 revues systématiques conclut que le BFR améliore la force du quadriceps par rapport à la charge basse (écart standardisé de 0,75), avec une certitude très faible, et qu'il pourrait s'accompagner de moins d'événements indésirables que la charge lourde (risque relatif de 0,26 ; IC 95 % de 0,09 à 0,72), la confiance dans ces estimations restant limitée.50
Avant une prothèse totale de genou, 86 patients ont suivi 8 semaines de BFR trois fois par semaine ou aucun exercice : à 3 et 12 mois, ni le test de levers de chaise, ni le Timed Up and Go, ni la marche de 40 mètres, ni le KOOS ne différaient, alors que la force était meilleure à 3 mois, pas à 12 mois.51 Un essai de 30 patients, plus petit, a trouvé un gain de force plus grand (environ 170 % contre 91 % avec un brassard factice) et de meilleurs scores de douleur après six semaines de vélo sous brassard à 40 % de la pression d'occlusion avant l'opération.52 Notre synthèse sur la rééducation après prothèse totale de genou replace le BFR dans l'ensemble du parcours.
Douleur fémoro-patellaire. Dans un essai de 79 participants, 8 semaines de presse et d'extension à 30 % du 1RM avec brassard ont réduit la douleur dans les activités de la vie quotidienne de 93 % de plus qu'un renforcement à 70 % du 1RM, sans différence sur le score de Kujala, et sans écart à six mois ; le sous-groupe dont l'extension résistée était douloureuse a gagné davantage de force.53 Une méta-analyse de 2026 (11 essais, 508 participants) retrouve une baisse de la douleur lors de tâches fonctionnelles, qui persistait 45 minutes après l'exercice, puis un bénéfice modeste sur la douleur globale (0,37) et la force des extenseurs (0,28), sans différence de fonction rapportée par le patient.54 Voir aussi le syndrome fémoro-patellaire.
Tendinopathie rotulienne. Un essai randomisé de 36 patients atteints d'une tendinopathie rotulienne chronique unilatérale a comparé 12 semaines de BFR à faible charge et de renforcement lourd lent. La douleur lors du squat unipodal sur plan incliné est passée de 3,9 à 2,2 sous BFR et de 4,2 à 2,2 sous charge lourde lente, avec des améliorations comparables du VISA-P et un maintien à un an.55 C'est un essai de petite taille mené chez des hommes : il soutient le BFR comme une alternative possible quand la charge lourde n'est pas tolérée, il ne le place pas devant la charge lourde lente. Voir la tendinopathie rotulienne.
Coiffe des rotateurs. Un essai de 28 patients atteints d'une tendinopathie de la coiffe, 8 semaines à deux séances par semaine, n'a trouvé de supériorité du BFR que sur l'épaisseur du biceps et la force en rotation interne à 60°/s, sans différence sur les autres muscles, la rotation externe, la douleur ni la fonction.56
Rupture du tendon d'Achille. Deux patients militaires (l'un opéré, l'autre traité sans chirurgie) ont vu leur couple de force en flexion plantaire progresser fortement après un programme de BFR de 5 et 6 semaines ; le premier a pu marcher sans aide, le second reprendre la course et le sport.57 C'est un cas rapporté, sans comparateur. Dans une série de 18 patients atteints d'une rupture traitée sans chirurgie, 12 semaines de BFR ont été faisables (16 patients sur 18 ont terminé, assiduité de 88 %, douleur moyenne de 1,1 sur 10), mais trois événements indésirables sont survenus : deux re-ruptures après la fin du programme et une thrombose veineuse profonde après le retrait du plâtre. Les auteurs écrivent que l'efficacité et la sécurité du BFR restent à étudier.58 Voir la rupture du tendon d'Achille.
C'est la population la plus représentée dans les méta-analyses : 13 des 20 études de la revue de 2017 portaient sur des sujets âgés à risque de sarcopénie.40 Une méta-analyse de 11 études (238 participants) retrouve, chez des sujets âgés, une hypertrophie semblable à celle de l'entraînement en charge lourde (écart standardisé de 0,21 ; IC 95 % de −0,14 à 0,56) mais un gain de force moindre (−0,42 ; −0,70 à −0,14).33 Le recensement de 2026 de 23 revues systématiques (53 essais distincts) confirme que l'hypertrophie du BFR est comparable à celle de la charge lourde et supérieure à celle de la charge légère seule, que les résultats sur la force sont partagés, que ceux sur la performance fonctionnelle sont incohérents, et que toutes ces revues sont de qualité méthodologique faible ou critiquement faible.59 Chez des sujets âgés sans maladie chronique, une méta-analyse de 8 essais retrouve une amélioration du Timed Up and Go et du SPPB, mais pas de la vitesse de marche.60
Ce public est aussi celui où l'incidence de la maladie thromboembolique augmente : de 2 à 7 pour 1 000 par an après 70 ans.1 Le dépistage décrit au chapitre sur les contre-indications s'applique donc d'autant plus. Pour le contexte osseux de ces patients, voir l'ostéoporose et la prévention des fractures de fragilité.
Pour le BFR sans exercice pendant l'immobilisation, le chapitre précédent a montré des résultats contradictoires.1112 Chez le sportif sain, une revue systématique de 10 essais retrouve un gain de force dans 7 études sur 9, un gain de volume dans 4 sur 8 et une amélioration des mesures spécifiques du sport dans 3 sur 4, avec des pressions de 110 à 240 mmHg selon les essais ; elle conclut à la nécessité de chercher la pression optimale.61
Indications et niveau de preuve : une lecture éditoriale
Certitude de l'évidence, de la plus solide à la plus fragile.
Lecture éditoriale à partir des niveaux de certitude rapportés par Ferlito et coll. 2026 (PMID 42399091), Zeitlin et coll. 2025 (PMID 40435680) et Machado et coll. 2026 (PMID 42367229) ; pour les autres lignes, jugement des auteurs de cette page qui n'est pas une évaluation GRADE formelle.
À retenir
Le BFR est sûr dans la grande majorité des séances rapportées, sans être anodin. Ce chapitre sépare trois niveaux de données : des enquêtes très larges mais déclaratives, des essais plus propres mais courts et de petite taille, et des cas publiés qui disent ce qui peut arriver.
Une revue épidémiologique portant sur 25 813 personnes recense 1 672 événements indésirables (6,47 %), dont 99,4 % n'ont nécessité aucune intervention médicamenteuse, chirurgicale ou radiologique. Les plus fréquents sont l'hémorragie sous-cutanée transitoire et l'engourdissement.262 Dans une enquête nationale japonaise de 12 642 pratiquants, les complications graves rapportées étaient la thrombose veineuse (0,055 %), l'embolie pulmonaire (0,008 %) et la rhabdomyolyse (0,008 %), sans séquelle à long terme ; le diagnostic d'embolie pulmonaire n'y avait pas été confirmé médicalement.21 Ces chiffres viennent d'enquêtes observationnelles menées dans des contextes très variables, avec des appareils, des pressions et des praticiens différents : ils rassurent sur l'ordre de grandeur, pas sur le risque d'un patient donné.2
Les enquêtes auprès des praticiens décrivent surtout des effets bénins et fréquents. Dans un questionnaire de 250 personnes, dont 115 avaient prescrit du BFR, les effets les plus cités étaient les courbatures (39,2 %), l'engourdissement (18,5 %), les malaises ou vertiges (14,6 %) et les ecchymoses (13,1 %).13 Chez 136 professionnels brésiliens, 92 % déclaraient avoir observé au moins un effet indésirable, surtout des fourmillements (71,2 %) et des courbatures (55,8 %), la rhabdomyolyse, le malaise et l'hémorragie sous-cutanée étant cités beaucoup plus rarement (1,9 %, 3,8 % et 4,8 %).63 Chez 134 kinésithérapeutes américains qui utilisaient le BFR, aucun événement majeur (thrombose, rhabdomyolyse, atteinte nerveuse) n'a été signalé et 8 % des répondants (11 personnes) rapportaient des effets mineurs et transitoires.64
Les effets indésirables que déclarent les praticiens
Pourcentages de réponses rapportés par les auteurs de chaque enquête.
Sources : Patterson et Brandner 2018, J Sports Sci 36(2):123-130 (PMID 28143359) ; de Queiros et coll. 2021, Medicine (Baltimore) 100(18):e25794 (PMID 33950976). Ces chiffres décrivent ce que des praticiens déclarent avoir observé ; ils ne mesurent pas une incidence par patient.
Une revue systématique de la sécurité du BFR dans les troubles musculosquelettiques a retenu 19 études (322 patients). Neuf ne rapportaient aucun événement indésirable ; trois en rapportaient de rares, dont une thrombose veineuse profonde du membre supérieur et une rhabdomyolyse (3 sur 168 patients exposés au BFR, 0 sur 154 témoins) ; les événements courants étaient des douleurs et une fatigue musculaires aiguës. Dans les essais randomisés, les patients exposés au BFR n'étaient pas, selon les auteurs, plus à risque d'événement que ceux qui s'entraînaient sans brassard (événements de toute nature : 10 sur 168 contre 4 sur 154), mais la majorité des études identifiées ont été écartées parce qu'elles ne traitaient pas de la sécurité.65 La méta-analyse de 2026 sur 45 essais ne trouve pas de différence d'événements indésirables entre BFR et exercice sans brassard ou en charge lourde (certitude très faible à faible), en soulignant que leur recueil était très inégal.3 Dans la gonarthrose, les événements sont moins fréquents sous BFR que sous charge lourde, avec une confiance limitée.4950
Les essais ne mesurent presque jamais directement la thrombose : le position stand note que beaucoup ne cherchent pas de thrombose veineuse ou n'utilisent pas d'imagerie, et que les événements cliniques de ce type n'y ont pas été rapportés.1 Les marqueurs biologiques, eux, sont rassurants chez le sujet sain. Chez dix hommes, quatre séries de presse à 30 % du 1RM (30 répétitions puis trois fois 15) avec un brassard à 150-160 mmHg n'ont augmenté ni les marqueurs de génération de thrombine ni ceux de formation de caillot, jusqu'à 24 heures après l'exercice.66 Dans un programme de 4 semaines à trois séances hebdomadaires chez des adultes jeunes en bonne santé, la réponse du fibrinogène, des D-dimères et de la protéine C réactive à la première et à la dernière séance ne changeait pas, alors que l'activateur tissulaire du plasminogène augmentait de 30 à 40 % après les séances (BFR comme charge lourde), ce qui va dans le sens d'une activation de la fibrinolyse.67 Chez 17 patients opérés d'une arthroscopie du genou, un suivi par échographie Doppler bilatérale avant et après 12 séances n'a révélé aucun événement indésirable.68
Mais ces résultats concernent surtout des sujets jeunes et sains, et la thrombose reste décrite dans des cas. Une thrombose de l'artère dorsale du pied est survenue chez un joueur de rugby de haut niveau qui utilisait le BFR après une chirurgie : les auteurs soulignent l'accumulation de facteurs de risque et la nécessité de stratifier le risque avant d'appliquer la technique.8 Un syndrome de Paget-Schroetter (thrombose de la veine axillaire et sous-clavière) a touché une instructrice de kaatsu atteinte d'un syndrome du défilé thoraco-brachial.69 Dans la série de patients atteints d'une rupture du tendon d'Achille, une thrombose veineuse profonde est survenue après le retrait du plâtre.58 Une revue de 2022 en tire la conséquence : la littérature ne permet pas d'exclure complètement la thrombose, et elle rappelle que la chirurgie multiplie par 100 le risque de thrombose veineuse profonde durant les six premières semaines, d'après les données qu'elle rapporte ; l'usage du BFR après une opération doit donc être analysé avec soin.39
La rhabdomyolyse a été décrite sous BFR dans des cas isolés. Le position stand l'estime à 0,07-0,2 % d'après la littérature publiée et à 0,008 % d'après l'enquête japonaise, et conclut que le risque ne semble pas supérieur à celui de l'exercice traditionnel.1 Une revue critique ne trouve pas de preuve qu'un exercice de faible intensité sous brassard augmente les lésions musculaires : pas de perte de fonction prolongée, pas de gonflement prolongé, des courbatures semblables à celles d'une charge légère sans brassard, et pas d'élévation des marqueurs sanguins de lésion.70 Les courbatures du lendemain sont néanmoins la règle, et le position stand conseille de faire entrer progressivement l'individu dans le programme en notant les marqueurs indirects de lésion musculaire, pour repérer les patients les plus sensibles.1
Le brassard déclenche un réflexe presseur d'exercice : la restriction du flux dans le muscle qui travaille augmente l'activité sympathique et la pression artérielle. Une revue a mis en garde dès 2015 contre une application aux patients hypertendus, insuffisants cardiaques ou atteints d'artériopathie, chez qui ce réflexe est exagéré, et contre des complications cardiovasculaires ou cérébrovasculaires potentielles.71 Une revue de 2020 aboutit à la même mise en garde pour les maladies cardiovasculaires et appelle à des études de sécurité.72
Les données mesurées vont dans le même sens, sans être spectaculaires. Dans une méta-analyse de 17 références, la pression diastolique pendant l'exercice était plus élevée avec BFR qu'avec une charge d'au moins 60 % du 1RM ; chez les hypertendus, les pressions systolique et diastolique étaient plus élevées sous BFR que lors d'un exercice libre à moins de 60 % du 1RM ; après l'exercice, les pressions étaient plus basses sous BFR.73 Après un entraînement chronique, la pression systolique de repos était supérieure de 4,2 mmHg (IC 95 % de 0,3 à 8,0) sous BFR dans quatre études, avec des auteurs qui jugent la conclusion spéculative faute de données.74 Le position stand note que les pressions relatives élevées augmentent la réponse cardiovasculaire et que relâcher le brassard entre les séries la réduit.1 Chez des patients opérés du LCA, la pression artérielle ne différait pas entre BFR à faible charge et charge lourde.29
L'engourdissement et les fourmillements sont les effets les plus fréquents dans les enquêtes, et le position stand les relie à la grande variété de pressions appliquées par les praticiens.113 Des pétéchies peuvent apparaître sous le brassard lors des premières utilisations : elles sont décrites comme bénignes et disparaissent en quelques jours.2 Poser le brassard directement sur la peau est déconseillé dans les consignes issues de la méthode kaatsu.2
Drapeaux rouges : arrêter la séance, ou orienter
Ces signes viennent de cas publiés et de recommandations d'experts ; il n'existe pas de liste validée.
À retenir
Les cadres de dépistage du BFR sont des propositions d'experts, jamais validées sur des événements cliniques : ils servent à décider d'une orientation vers le médecin, pas à prédire un accident. Ce chapitre en tire une démarche en trois temps : repérer les profils à risque, décider de l'orientation, régler prudemment.
Le système le plus cité est un score à points proposé par Nakajima et ses collègues : un total de cinq points ou plus désigne un risque élevé et exclut du BFR. Cette catégorie regroupe la thrombose veineuse profonde, une tendance thrombotique héréditaire et le syndrome des anticorps antiphospholipides. La grossesse, surtout au troisième trimestre, y est une contre-indication relative, et le BFR n'est en principe pas conseillé pendant la grossesse. Les varices ne semblent pas aggravées par le BFR, mais appellent la prudence et un avis médical. Kacin et ses collègues ont distingué des contre-indications absolues et relatives, en recommandant une consultation médicale quand un risque relatif est identifié. Une revue de 2026 résume la conduite : risque absolu ou cinq points et plus, ne pas appliquer ; risque relatif ou quatre points, avis médical et accord formel avant d'appliquer. Ses auteurs précisent que ce système est une aide au tri destinée aux praticiens, jamais validée de façon prospective contre des événements cliniques.2
Une autre revue propose un questionnaire de stratification fondé sur l'histoire médicale, les signes et les symptômes, avec une évaluation du risque de thrombose adaptée du score de Caprini ou de l'échelle IMPROVE. Ses auteurs notent que le score de Caprini est peut-être trop strict : chez un patient à cinq points, par exemple après une fracture de hanche, le BFR pourrait rester préférable après accord médical et délai de récupération suffisant. Ils rappellent aussi que cette stratification n'est pas validée et demande une validation externe.39 Le position stand suggère lui aussi d'utiliser les règles de prédiction clinique de la maladie thromboembolique avant d'appliquer le BFR chez les sujets à risque.1
| Situation | Ce que disent les sources | Conduite proposée ici |
|---|---|---|
| Antécédent de thrombose veineuse ou d'embolie, thrombophilie, syndrome des antiphospholipides | Facteurs de risque de maladie thromboembolique ; catégorie à haut risque du système à points de Nakajima.12 | Pas de BFR sans avis médical formel ; le cadre de Nakajima exclut. |
| Chirurgie récente, fracture du bassin, de la hanche ou d'un os long, polytraumatisme, plâtre, cancer, cathéter central | Facteurs de risque de maladie thromboembolique ; risque de thrombose veineuse profonde multiplié par 100 dans les six premières semaines après une chirurgie, selon la revue de 2022.139 | Stratifier le risque et demander l'avis du chirurgien ou du médecin ; ne pas improviser. |
| Grossesse et post-partum | Risque de thrombose élevé en périnatal et post-natal ; contre-indication relative, non conseillé en principe.12 | Éviter ; avis médical si le BFR est envisagé. |
| Hypertension, insuffisance cardiaque, artériopathie, diabète, maladie rénale chronique | Réflexe presseur exagéré dans l'hypertension, l'insuffisance cardiaque et l'artériopathie ; pressions plus élevées sous BFR chez les hypertendus ; prudence pour les patients à coagulabilité altérée.717339 | Avis médical avant ; pression conservatrice ; surveiller la tension. |
| Syndrome du défilé thoraco-brachial (BFR du membre supérieur) | Syndrome de Paget-Schroetter publié chez une instructrice de kaatsu atteinte de ce syndrome.6962 | Éviter le BFR du membre supérieur ; avis médical. |
| Diabète et hypertension (risque oculaire) | Occlusion veineuse rétinienne, deux épisodes survenus le lendemain de séances de kaatsu, chez un patient hypertendu et diabétique.10 | Avis médical, y compris ophtalmologique si besoin. |
| Polyarthrite rhumatoïde, anabolisants, produits ergogènes | Risque thrombotique ou vasculaire accru décrit dans ces groupes.39 | Prudence ; avis médical. |
| Varices | Pas d'aggravation connue par le BFR, mais prudence conseillée.2 | Avis médical avant. |
| Sujet âgé | L'incidence de la maladie thromboembolique atteint 2 à 7 pour 1 000 par an après 70 ans.1 | Dépister comme pour tout autre patient, avec d'autant plus de rigueur. |
Plutôt qu'une liste à cocher, la revue de stratification suggère de se poser trois questions avant la première séance.39
La troisième est la plus utile : si la charge lourde est possible et tolérée, ou si une autre méthode donne le résultat attendu, le BFR n'a pas de raison d'être proposé. Le position stand le réserve aux situations où l'entraînement en charge lourde n'est pas conseillé : rééducation post-opératoire, réadaptation cardiaque, maladies inflammatoires, sujet âgé fragile.1
Faut-il proposer du BFR à ce patient ? Six questions dans l'ordre
Synthèse éditoriale des cadres de dépistage cités dans l'article. Elle ordonne les questions, elle ne remplace pas l'avis du médecin.
Sources : Patterson et coll. 2019 (PMID 31156448) ; Nascimento et coll. 2022, Front Physiol 13:808622 (PMID 35360229) ; Gaviglio et coll. 2026 (PMID 42200881), qui rapporte le système à points de Nakajima. Aucun de ces cadres n'est validé de façon prospective.
Ce que ce chapitre ne règle pas
Aucun des cadres cités n'a été validé contre des événements cliniques réels, et ils diffèrent entre eux : un score de cinq points exclut dans l'un, peut être discuté avec un accord médical dans l'autre. L'arbre ci-dessus ordonne les questions ; il ne remplace ni l'avis du médecin ni votre jugement clinique.239
Six observations publiées, toutes identifiables par leur numéro PubMed : deux décrivent un bénéfice, quatre décrivent un accident. Un cas n'est pas une preuve, mais il montre ce qu'une moyenne cache : qui a eu l'événement, et dans quelles conditions.
Rupture du tendon d'Achille, deux patients militaires (Yow 2018). Le premier a 29 ans et s'est rompu l'Achille gauche en jouant au football. Après réparation chirurgicale et rééducation classique, il reste incapable de marcher sans aide technique à cause d'une faiblesse persistante. Il suit alors un programme de reprise de la course de 5 semaines avec BFR : le couple de pointe en flexion plantaire progresse de 522 % à 60°/s et de 108,9 % à 120°/s, et il marche sans aide à 5 semaines. Le second a 38 ans, s'est rompu l'Achille gauche à l'entraînement, a été traité sans chirurgie avec une rééducation accélérée et garde des déficits de force et de fonction ; après 6 semaines de BFR, son couple progresse de 55,8 % et 47,1 % aux mêmes vitesses, et il reprend la course et le sport.57
La leçon est limitée : deux patients, aucun comparateur, un point de départ très bas (des gains de plusieurs centaines de pour cent s'expliquent en partie par une force initiale très faible). Mais le cas décrit bien le public visé : un patient déjà rééduqué, bloqué par un déficit musculaire que la charge lourde n'a pas levé. Une série ultérieure de 18 patients atteints d'une rupture traitée sans chirurgie rapporte, elle, trois événements indésirables, ce qui interdit de s'en tenir à ce récit.58
Prothèse totale de genou, une ancienne triathlète (Keating 2024). Une femme de 49 ans, ancienne triathlète, a une douleur, une limitation d'amplitude, un déficit musculaire et une instabilité à l'appui 16 semaines après une prothèse totale de genou, malgré une rééducation supervisée. Le BFR est ajouté à son programme à domicile à partir de la 16e semaine. Les auteurs rapportent des améliorations cliniquement significatives de la douleur, de la sensibilité à la pression, de la fonction déclarée (surtout le sport et les loisirs au KOOS), de la marche, des levers de chaise, de la montée d'escalier, ainsi qu'une force et une puissance des extenseurs et des fléchisseurs accrues par rapport au membre sain, et estiment que le BFR a été bien toléré.75 C'est un cas de niveau de preuve 4, sans témoin : il illustre une indication (déficit persistant tardif) plutôt qu'il ne la démontre.
Rhabdomyolyse après une première séance (Tabata 2016). Un homme obèse de 30 ans est hospitalisé le lendemain de sa première séance de BFR pour des douleurs musculaires sévères des membres supérieurs et inférieurs, une forte fièvre et un mal de gorge. Le bilan retrouve une créatine kinase à 56 475 U/L, une myoglobine urinaire supérieure à 3 000 ng/mL et une angine bactérienne associée. Il guérit sans complication après 10 jours d'hospitalisation sous perfusion et antibiotiques. Les auteurs suspectent une association de facteurs (entraînement musculaire excessif sous BFR, infection bactérienne, médicament) et concluent que le BFR doit tenir compte de la condition physique et de la force de l'individu.9
Thrombose de l'artère dorsale du pied chez un joueur de rugby (Wang 2025). Un joueur de rugby de haut niveau développe une thrombose de l'artère dorsale du pied après avoir utilisé le BFR en post-opératoire. Les auteurs analysent l'accumulation de facteurs de risque et appellent les cliniciens à connaître les risques relatifs et les contre-indications, et à s'appuyer sur une politique locale et des outils de stratification du risque avant d'appliquer la technique.8
Syndrome de Paget-Schroetter chez une instructrice de kaatsu (Noto 2017). Une femme de 29 ans, instructrice de kaatsu, consulte aux urgences pour un gonflement et une douleur du membre supérieur gauche. Le scanner et l'échographie vasculaire montrent une thrombose de la veine axillaire à la veine sous-clavière gauche : un syndrome de Paget-Schroetter, né d'un syndrome du défilé thoraco-brachial.69
Occlusion de la veine centrale de la rétine après du kaatsu (Ozawa 2015). Un homme de 45 ans, hypertendu et diabétique, présente deux épisodes d'occlusion de la veine centrale de la rétine, chacun le lendemain d'une séance. L'œil atteint a perdu la vision malgré le traitement. Les auteurs soulignent que l'hypertension, le diabète et l'inflammation qu'ils entraînent peuvent être des facteurs de risque d'effets vasculaires du kaatsu.10
Ce que ces six cas ont en commun
Ce chapitre traduit les données précédentes en gestes de cabinet. Rien ici n'est une recommandation officielle : ce sont des conduites dérivées du position stand, des essais cités et des revues de sécurité, avec leurs incertitudes. Quand une étape relève de notre lecture et non d'une source, elle est signalée.
Le BFR n'a pas de raison d'être quand la charge lourde est possible, tolérée et suffisante. Le position stand le réserve aux situations où elle n'est pas conseillée : rééducation post-opératoire, réadaptation cardiaque, maladies inflammatoires, sujet âgé fragile.1 En kinésithérapie, cela correspond à des patients dont la charge est limitée par le protocole chirurgical, par la douleur à l'effort (arthrose, douleur fémoro-patellaire, tendinopathie) ou par la fragilité.3
| Profil | Ce que les données suggèrent | Ce qu'on annonce au patient |
|---|---|---|
| Post-opératoire du LCA, charge lourde mal tolérée | Force au moins égale à la charge lourde et moins de douleur de genou dans un essai ; méta-analyses discordantes sur l'ampleur.4256 | Un outil pour muscler sans charger, dont l'avantage chiffré reste incertain. |
| Gonarthrose douloureuse en charge | Gains de force et de section comparables à la charge lourde avec moins de douleur de genou à l'effort ; effet sur la douleur et la fonction semblable à l'entraînement conventionnel.464749 | Un moyen de renforcer sans irriter l'articulation, pas un traitement de la douleur. |
| Douleur fémoro-patellaire, tendinopathie rotulienne | Baisse de la douleur dans les tâches fonctionnelles, bénéfice modeste à plus long terme ; un essai en tendinopathie rotulienne.535455 | Une alternative si la charge lourde réveille la douleur. |
| Sujet âgé fragile, sans risque cardiovasculaire non contrôlé | Volume musculaire proche de la charge lourde, force plus variable ; revues de qualité faible.3359 | Une option, après avis médical et dépistage. |
| Moins de six semaines après une chirurgie majeure | Risque de thrombose élevé en période post-opératoire ; BFR à discuter avec le chirurgien.39 | Pas de BFR de cabinet sans accord du chirurgien. |
| Antécédent de thrombose, grossesse, cardiopathie ou hypertension non contrôlée | Contre-indication ou avis médical préalable selon les cadres de dépistage.239 | Une autre stratégie de renforcement. |
| Immobilisation (plâtre, décharge) | Brassard seul : résultats contradictoires.1112 | Une hypothèse de recherche, pas un traitement. |
L'exemple suivant reprend les paramètres du schéma de référence et de l'essai de Hughes chez des patients opérés du LCA (presse de jambe unilatérale à 30 % du 1RM, brassard à 80 % de la pression d'occlusion, 30-15-15-15 répétitions, 30 secondes de repos). Il se règle sur le patient : c'est un point de départ, pas un protocole à appliquer tel quel.2942
| Étape | Contenu |
|---|---|
| Installation | Brassard à la racine de la cuisse, sans contact direct avec la peau ; patient dans la position où la pression a été mesurée.227 |
| Pression | 60 à 80 % de la pression d'occlusion mesurée, plus basse à la première séance.214 |
| Exercice | Presse de jambe ou extension de genou à 30 % du 1RM : 30, 15, 15, 15 répétitions, 30 secondes de repos entre les séries, brassard maintenu, rythme de 1 à 2 secondes par phase.291 |
| Durée de restriction | 5 à 10 minutes par exercice, reperfusion entre les exercices.1 |
| Surveillance | Coloration de la peau distale, temps de recoloration (2 à 3 secondes), pouls distal, vertiges, nausée, douleur thoracique. Si le nombre de répétitions ne baisse pas d'une série à l'autre, la pression est peut-être insuffisante.2 |
| Fin de séance | Dégonfler, vérifier la couleur et la sensibilité du membre, prévenir des courbatures et des signes à signaler dans les jours suivants.139 |
| Rythme | Deux à trois séances par semaine avec progression ; une à deux par jour possibles sur une à trois semaines.1 |
À dire. L'effort est ressenti comme intense et la douleur musculaire est plus forte que lors d'un entraînement en charge lourde, alors que la douleur articulaire est plus faible ; des fourmillements, des ecchymoses et des courbatures sont possibles ; certains signes survenant dans les jours suivants (gonflement douloureux d'un membre, fièvre avec douleurs musculaires intenses, baisse de la vision) imposent un appel immédiat.441369910
À ne pas dire. Que le BFR est « sans risque » : les enquêtes sont rassurantes, les cas publiés ne le sont pas. Qu'il est supérieur à la charge lourde : il fait aussi bien sur la force dans les pathologies musculosquelettiques, avec une certitude modérée, mais l'équivalence sur la fonction repose sur des données de très faible certitude.3 Qu'il traite la douleur : l'effet antalgique mesuré est modeste.4
Un BFR bien fait commence avant la séance : par la question du risque et par la mesure de la pression.
Il n'existe pas de consensus sur la progression. Le position stand estime que deux à trois séances par semaine avec surcharge progressive suffisent à améliorer la force et le volume.1 Comme la pression d'occlusion dépend de la circonférence du membre, la remesurer quand le volume de la cuisse change est une conséquence logique, mais ce n'est pas une recommandation publiée.25 Consigner à chaque séance le brassard (marque, largeur), la pression absolue et relative, la position de mesure, la charge, les répétitions, l'effort perçu et tout incident permet de reproduire un réglage et de documenter la sécurité, que les essais enregistrent mal.3
Choisir un patient, dépister, mesurer, régler, surveiller et savoir quand s'arrêter sont des gestes qui s'apprennent et se répètent. Physio Learning propose une formation en ligne dédiée au BFR : dix modules et environ six heures, couvrant le matériel, les réglages, le BFR passif, aérobie et en résistance, les effets antalgiques et la sécurité, avec des protocoles pour la rupture du tendon d'Achille, les tendinopathies, la maladie de Parkinson, la lombalgie et le LCA. Elle se présente sur la fiche Blood Flow Restriction adapté à la rééducation.
À retenir
Le BFR (blood flow restriction, ou entraînement en restriction du flux sanguin, aussi appelé BFR training) consiste à poser un brassard pneumatique à la racine d'un membre et à le gonfler pendant l'exercice, pour restreindre partiellement l'apport artériel et occlure le retour veineux du muscle qui travaille.1 Il permet de renforcer avec des charges de 20 à 40 % du 1RM, au lieu de 70 % et plus.12 En rééducation, on le propose aux patients dont la charge lourde est impossible ou non conseillée : après une chirurgie, en cas de douleur à l'effort ou de fragilité.1
Le position stand de 2019 recommande de régler la pression en pourcentage de la pression d'occlusion artérielle mesurée avec le brassard utilisé, entre 40 et 80 %, et non à une valeur fixe.1 Cette pression dépend de la taille du membre, de la largeur du brassard et de la tension artérielle : à la partie haute du bras, elle valait en moyenne 145 mmHg avec un brassard de 5 cm et 120 mmHg avec un brassard de 12 cm.24 Elle dépend aussi de la position de mesure (187 mmHg en décubitus et 241,5 mmHg debout au membre inférieur), d'où la consigne de mesurer dans la position de travail.27 Les essais après LCA se placent le plus souvent à 80 %.5
Une charge de 20 à 40 % du 1RM, 75 répétitions en quatre séries (30, 15, 15, 15) avec 30 à 60 secondes de repos, ou trois à cinq séries jusqu'à l'échec concentrique.1 Deux à trois séances par semaine suffisent au-delà de trois semaines ; une à deux par jour sont possibles pendant une à trois semaines.1 Ajouter un brassard à une charge de 70 % du 1RM n'a pas amélioré les résultats dans un essai randomisé après LCA.7
Cela dépend de la population et du critère. Dans les pathologies musculosquelettiques, une méta-analyse de 45 essais ne retrouve pas de différence de force entre le BFR à faible charge et la charge lourde (écart standardisé de 0,08, certitude modérée), avec une certitude très faible sur la fonction.3 Chez le sujet sain, l'hypertrophie est comparable mais la force maximale est meilleure après charge lourde dans une méta-analyse,16 sans différence dans une autre.17 Chez le sujet âgé, le gain de force est inférieur à celui de la charge lourde (écart standardisé de -0,42).33
Les événements graves sont rares dans les enquêtes : sur 12 642 pratiquants japonais, thrombose veineuse 0,055 %, embolie pulmonaire 0,008 %, rhabdomyolyse 0,008 %.2 Les effets bénins sont fréquents : courbatures, engourdissement, ecchymoses, malaises.13 Les essais n'ont pas trouvé plus d'événements qu'avec l'exercice sans brassard, mais leur recueil est inégal.365 Des cas de thrombose, de rhabdomyolyse et d'occlusion veineuse rétinienne ont été publiés chez des patients présentant des facteurs de risque, d'où l'importance du dépistage.8910
Il n'existe pas de liste validée. Les cadres de dépistage excluent le BFR en cas de risque thrombotique élevé (thrombose veineuse profonde, tendance thrombotique héréditaire, syndrome des anticorps antiphospholipides) et le déconseillent en principe pendant la grossesse ; un score de cinq points ou plus exclut dans le système de Nakajima.2 Ils recommandent la prudence, et un avis médical quand un risque relatif est identifié, dans des situations comme la chirurgie récente, l'hypertension, le diabète, une maladie cardiovasculaire ou rénale, la polyarthrite rhumatoïde, l'usage d'anabolisants ou les varices.392
Après une reconstruction du LCA, deux essais randomisés qui comparent le BFR à la charge lourde trouvent une force comparable, avec moins de douleur de genou dans l'un d'eux, et deux méta-analyses récentes divergent sur l'ampleur du bénéfice.424356 Avant une prothèse de genou, le BFR préopératoire a donné un gain de force transitoire sans bénéfice fonctionnel à 12 mois dans un essai de 86 patients.51 Dans les semaines qui suivent une chirurgie majeure, le risque de thrombose impose l'accord du chirurgien.39
Un effet antalgique existe chez le volontaire : le seuil de douleur à la pression a augmenté de 48 % dans le membre qui s'exerce après un exercice sous brassard à 80 % de la pression d'occlusion.21 Chez le patient, l'effet est plus modeste : dans les douleurs de genou, l'avantage sur la douleur est petit, de très faible certitude et de portée clinique douteuse,4 et la méta-analyse de 2026 le juge petit et sans portée clinique.3 Dans la douleur fémoro-patellaire, la baisse de la douleur lors de tâches fonctionnelles persiste environ 45 minutes.54
C'est une hypothèse. Une revue systématique de trois études (38 participants), toutes à haut risque de biais, suggère que des cycles d'occlusion limitent la perte de force et de volume pendant l'immobilisation.11 Un essai contrôlé plus récent n'a pas retrouvé d'effet du brassard seul sur la masse maigre de la cuisse après 14 jours de décharge.12
Oui : parmi 115 praticiens qui prescrivaient du BFR, l'objectif le plus cité était d'augmenter la masse musculaire (32,6 %), devant la rééducation après blessure (24,2 %).13 Chez l'athlète sain, une revue systématique de 10 essais retrouve un gain de force dans 7 études sur 9, un gain de volume dans 4 sur 8, avec des pressions de 110 à 240 mmHg selon les essais.61 Le dépistage préalable et la mesure de la pression d'occlusion s'appliquent de la même façon.2
Des gains de force et de volume ont été observés dès une à trois semaines avec des séances rapprochées, et les programmes de rééducation publiés après LCA durent le plus souvent 8 à 12 semaines.15
75 références, toutes vérifiées individuellement dans PubMed : identifiant confirmé, puis résumé lu pour contrôler ce que chaque source établit réellement. Le position stand, la revue de stratification du risque et la revue de dépistage ont été lus en texte intégral. Les liens PMID ouvrent la notice PubMed, les DOI la page de l'éditeur.
Comment cet article a été construit
Recherche dans PubMed et Europe PMC sur « blood flow restriction », « kaatsu » et sur chaque indication traitée (LCA, gonarthrose, prothèse de genou, douleur fémoro-patellaire, tendinopathies, sujet âgé, immobilisation), complétée par des requêtes sur la sécurité, le dépistage et la mesure de la pression d'occlusion. Chaque identifiant a été confirmé dans la notice PubMed, puis le résumé de chaque article retenu a été lu pour vérifier que la donnée citée correspond à ce que la source établit.
Quatre limites sont assumées. La plupart des essais de rééducation sont petits et hétérogènes dans leurs protocoles. Les données de sécurité viennent surtout d'enquêtes déclaratives et de cas publiés. Les cadres de dépistage ne sont pas validés de façon prospective. Les cartes de niveau de preuve et l'arbre de décision sont des lectures éditoriales, et non une évaluation GRADE formelle.
Transparence. Physio Learning propose une formation en ligne sur le BFR, mentionnée en fin d'article. Nous avons rapporté les résultats nuls, défavorables et les cas d'accident au même niveau que les résultats favorables. Parmi les auteurs du position stand de 2019, un auteur déclare une affiliation à une société privée qui dispense des formations sur le sujet.
Avertissement. Cet article s'adresse à des professionnels de santé. Il ne remplace ni un examen clinique, ni un avis médical individuel, ni la formation à l'utilisation du matériel. Il ne constitue pas une recommandation officielle de bonne pratique.