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Cartilage · Genou · Membre inférieur

Les lésions du cartilage articulaire du genou : la lésion focale n'est pas une arthrose qui commence

Un défaut cartilagineux vu à l'IRM peut être trois choses très différentes : un accident chez un sujet jeune, une usure qui commence, ou rien du tout. Un genou asymptomatique sur quatre en porte un. Ce qui sépare ces trois lectures ne se lit pas sur l'image, et la suite du traitement en dépend entièrement.

24%
des genoux asymptomatiques et non blessés portent un défaut cartilagineux à l'IRM
Culvenor 2019 · BJSM · 63 études, 5 397 genoux
7%
seulement des 25 124 arthroscopies relèvent d'une chirurgie de réparation avant 40 ans
Widuchowski 2007 · The Knee · 16 ans de série
6sem.
de délai avant charge complète après greffe : aussi sûr que 8 ou 11 semaines
Ebert 2008-2021 · trois essais randomisés

Synthèse clinique

Le cartilage articulaire ne se répare pas spontanément : il n'a ni vaisseaux, ni nerfs, ni cellules mobilisables. Cette phrase fonde tout le sujet, mais elle a produit une croyance fausse, celle qu'un défaut cartilagineux serait par nature évolutif et qu'il faudrait le traiter. Les données disent autre chose.

Un défaut cartilagineux est fréquent chez des gens qui vont bien. La méta-analyse de Culvenor, 63 études et 5 397 genoux asymptomatiques et non blessés, mesure une prévalence de défauts cartilagineux de 24 %. Et surtout, elle sépare par l'âge : 11 % avant 40 ans, 43 % à partir de 40 ans2. Chez un patient de 55 ans, trouver un défaut cartilagineux, c'est trouver ce que porte presque un genou sain sur deux.

La ligne de partage est clinique, pas radiologique. Une lésion traumatique focale du sujet jeune et une usure débutante peuvent produire la même image. Ce qui les sépare, ce sont l'âge, le mécanisme, la temporalité et le nombre de lésions. Dans la série de 25 124 arthroscopies de Widuchowski, 60 % des patients ont une lésion cartilagineuse, dont 67 % de forme focale et 29 % d'arthrose, mais les candidats à une chirurgie de réparation (une à trois lésions focales de grade III ou IV) ne représentent que 7 % avant 40 ans et 9 % avant 50 ans1.

La taille et le grade ne prédisent pas la gêne. C'est un résultat contre-intuitif et il est mesuré. Sur 90 patients programmés pour une chirurgie cartilagineuse, aucune différence de scores entre lésions de moins et de plus de 2 cm², sauf une sous-échelle, et le grade ICRS n'affecte pas les scores préopératoires. Ces patients rapportent des symptômes pires que les candidats à une reconstruction ligamentaire et proches de ceux qui attendent une prothèse3.

Les chirurgies de réparation sont moins tranchées qu'on ne le dit. Un essai randomisé en double insu publié en 2025 montre que la microfracture n'est pas supérieure à un simple débridement pour les lésions fémorales de moins de 2 cm²6. À quatorze ou quinze ans, greffe de chondrocytes et microfracture sont cliniquement équivalentes, avec environ un tiers d'échecs et une arthrose radiographique chez la moitié des survivants7.

Et le délai de remise en charge, lui, peut être raccourci sans dommage. C'est le résultat le plus directement utile au kinésithérapeute. Trois essais randomisés successifs de la même équipe ont ramené la charge complète après greffe de 11 semaines à 8, puis de 8 à 6, sans aucune dégradation du greffon à l'IRM et avec, à chaque étape, moins de douleur et une fonction plus rapide111413.

24 % des genoux sains11 % avant 40 ans, 43 % aprèsLa taille ne dit pas la gêneMicrofracture = débridement sous 2 cm²Charge complète à 6 semaines

Lésion focale ou usure qui commence : où passe la ligne ?

C'est la question qui commande tout le reste, et c'est celle que l'imagerie ne tranche pas. Deux séries, l'une arthroscopique et l'autre en IRM sur des genoux sains, donnent ensemble les repères qui permettent de décider.

Ce que 25 124 arthroscopies ont compté

Widuchowski et ses collègues ont analysé toutes les arthroscopies de genou réalisées dans leur centre de 1989 à 2004, soit 25 124 interventions, en classant les lésions cartilagineuses selon Outerbridge1.

Les lésions cartilagineuses sont retrouvées chez 60 % des patients. Réparties ainsi : lésion focale ostéochondrale ou chondrale 67 %, arthrose 29 %, ostéochondrite disséquante 2 %, autres 1 %. Le grade Outerbridge II est le plus fréquent (42 %). Les sièges dominants sont la surface patellaire (36 %) et le condyle fémoral médial (34 %).

Deux chiffres de cette série méritent d'être retenus par-dessus les autres, parce qu'ils cadrent la place réelle de la chirurgie de réparation. D'abord, 70 % des lésions ne sont pas isolées : elles accompagnent une autre lésion, le plus souvent une fissure du ménisque médial (37 %) ou une lésion du ligament croisé antérieur (36 %). Ensuite, les patients qui remplissent les critères d'une chirurgie de réparation, c'est-à-dire une à trois lésions focales de grade III ou IV, ne sont que 7 % de la série avant 40 ans et 9 % avant 50 ans1.

Les auteurs concluent eux-mêmes avec prudence : ces patients forment un groupe hétérogène, et l'histoire naturelle des lésions cartilagineuses reste inconnue, si bien que le nombre exact de patients qui bénéficieraient d'une réparation ne peut pas être établi.

Où siègent les lésions, et ce qui les accompagne

25 124 arthroscopies de genou consécutives, 1989 à 2004

Diagramme des sièges des lésions cartilagineuses et de leurs lésions associées Les lésions cartilagineuses siègent sur la surface patellaire dans 36 pour cent des cas et sur le condyle fémoral médial dans 34 pour cent. Elles sont accompagnées d'une fissure du ménisque médial dans 37 pour cent des cas et d'une lésion du ligament croisé antérieur dans 36 pour cent. Soixante-dix pour cent des lésions ne sont pas isolées, et 7 pour cent des patients de moins de 40 ans relèvent d'une chirurgie de réparation. Siège de la lésion Surface patellaire 36 % Condyle fémoral médial 34 % Lésion associée la plus fréquente Fissure du ménisque médial 37 % Lésion du LCA 36 % Lésions NON isolées 70 % Candidats à une chirurgie de réparation 7 % avant 40 ans 9 % avant 50 ans

Source : Widuchowski W, Widuchowski J, Trzaska T. Knee. 2007;14(3):177-182. PMID 17428666. Série arthroscopique monocentrique sur 16 ans : ce sont des genoux qu'on a jugé bon d'opérer, pas un échantillon de population. Les « candidats à une chirurgie de réparation » sont définis par les auteurs comme portant une à trois lésions focales de grade III ou IV.

Le grade, et ce qu'il ne dit pas

Deux classifications circulent, et il est utile de savoir laquelle on lit. La série de Widuchowski utilise Outerbridge, la plus ancienne, dont le grade II est le plus représenté (42 % des lésions)1. Les travaux plus récents utilisent la classification de l'International Cartilage Regeneration and Joint Preservation Society, l'ICRS, qui gradue de la simple fissuration superficielle à l'exposition de l'os sous-chondral.

Ces grades servent à décrire une lésion et à poser une indication : une réparation se discute pour les lésions profondes, grade III ou IV, pas pour un ramollissement superficiel. Mais il faut savoir dès maintenant ce qu'ils ne font pas, parce que c'est mesuré et que le chapitre suivant y revient : le grade ICRS n'affecte pas les scores rapportés par le patient avant l'opération3. Un grade est une description de surface articulaire, pas un pronostic de gêne.

Ce que 5 397 genoux sains montrent à l'IRM

La contrepartie décisive vient de Culvenor et ses collègues, qui ont cherché la prévalence des signes d'arthrose à l'IRM chez des adultes asymptomatiques et non blessés. Six bases de données, 63 études incluses, 5 397 genoux chez 4 751 adultes, avec des estimations par méta-analyse à effets aléatoires2.

Prévalence globale des défauts cartilagineux : 24 % (IC95 15 à 34). Stratifiée par âge : 11 % avant 40 ans (6 à 17) et 43 % à 40 ans et plus (29 à 57). Les fissures méniscales suivent la même pente : 4 % avant 40 ans, 19 % après. Les lésions médullaires osseuses concernent 18 % des genoux, les ostéophytes 25 %2.

La conclusion des auteurs est une consigne de lecture : ces images doivent être interprétées dans le contexte de la présentation clinique, et prises en compte comme telles dans la décision.

Un défaut cartilagineux chez quelqu'un qui n'a mal nulle part

Prévalence des défauts cartilagineux à l'IRM sur des genoux asymptomatiques et non blessés, par tranche d'âge

Diagramme de la prévalence des défauts cartilagineux chez l'adulte asymptomatique selon l'âge Chez les adultes asymptomatiques et non blessés, 11 pour cent des moins de 40 ans et 43 pour cent des 40 ans et plus présentent un défaut cartilagineux à l'IRM, pour une prévalence globale de 24 pour cent. Les fissures méniscales suivent la même pente : 4 pour cent avant 40 ans et 19 pour cent après. Défaut cartilagineux Moins de 40 ans 11 % IC95 6 à 17 40 ans et plus 43 % IC95 29 à 57 Fissure méniscale Moins de 40 ans 4 % 40 ans et plus 19 % 0 % 50 % 100 % Ces genoux ne font PAS mal et n'ont PAS été blessés.

Source : Culvenor AG, Øiestad BE, Hart HF, et al. Br J Sports Med. 2019;53(20):1268-1278. PMID 29886437. Les intervalles de confiance sont larges, l'hétérogénéité entre études est importante, et les estimations dépendent des séquences IRM utilisées : ce sont des ordres de grandeur, à lire comme tels.

Le tableau qui sépare les deux situations

De ces deux séries, et de ce qu'établit la cohorte de luxations patellaires du chapitre suivant, on peut tirer une grille. Elle ne repose sur aucun test validé, et il faut le dire : c'est une synthèse de repères cliniques, pas un score.

Repères distinguant une lésion cartilagineuse focale traumatique d'une usure débutante
 Lésion focale traumatiqueUsure qui commence
ÂgeSujet jeune. La cohorte de luxations patellaires a un âge médian de 16 ans4 ; les patients programmés pour chirurgie cartilagineuse, 33 ans3Après 40 ans, âge où 43 % des genoux SAINS portent déjà un défaut2
DébutDaté. Un événement identifiable : luxation patellaire, entorse grave, impactionInsidieux, sans date, souvent attribué après coup à un épisode banal
Nombre de lésionsUne, parfois deux. Les critères de réparation retiennent une à trois lésions focales1Atteinte diffuse, bilatérale, souvent plusieurs compartiments
Bords de la lésionNets, cartilage périphérique sain, souvent avec un fragment ostéochondralAmincissement progressif, bords estompés, cartilage voisin également altéré
Os sous-jacentŒdème d'impaction, parfois fracture ostéochondraleSclérose, géodes, ostéophytes, dont 25 % chez l'asymptomatique2
Ce que ça changeUne réparation peut se discuter, et la remise en charge post-opératoire devient le sujetLa prise en charge est celle de l'arthrose : exercice, charge, poids. Voir la gonarthrose
Ces éléments d'imagerie devraient être interprétés dans le contexte de la présentation clinique, et pris en compte comme tels dans la décision.
  • Un défaut cartilagineux à l'IRM concerne 24 % des genoux asymptomatiques, et 43 % après 40 ans.
  • Sur 25 124 arthroscopies, 7 % des patients de moins de 40 ans relèvent d'une chirurgie de réparation.
  • 70 % des lésions ne sont pas isolées : ménisque médial et LCA les accompagnent une fois sur trois.
  • Ce qui sépare la lésion focale de l'usure est l'âge, la date du début, le nombre de lésions et l'état du cartilage voisin. Pas l'image seule.

D'où viennent les lésions traumatiques, et chez qui les chercher ?

Le mécanisme le mieux documenté est la luxation de rotule, parce qu'une cohorte consécutive l'a imagée systématiquement en phase subaiguë. Les chiffres qui en sortent changent la conduite devant un premier épisode.

La luxation patellaire, mécanisme le mieux mesuré

Isacsson et ses collègues ont exploité une cohorte consécutive de 1 145 genoux traumatisés examinés par IRM dans un centre à bassin de population défini, pour en extraire les luxations latérales primaires de rotule. Cent quatre-vingt-quatre cas identifiés, IRM réalisée dans un délai médian de six jours4.

Le profil est celui d'un adolescent : âge médian 16 ans (intervalle interquartile 14 à 21, étendue 9 à 47), 41 % de femmes. L'incidence annuelle globale est de 14 pour 100 000, avec un pic entre 13 et 15 ans à 125 pour 100 000. Les hommes sont plus âgés que les femmes au premier épisode (17 contre 15 ans) et se luxent plus souvent au sport (65 % contre 40 %)4.

Le résultat qui doit changer la pratique est le suivant : des lésions des surfaces articulaires sont visibles à l'IRM ou retrouvées en chirurgie dans 75 genoux sur 184, soit 43 %, et il s'agit de fractures ostéochondrales dans 32 genoux, soit 18 %. Le risque n'est pas significativement différent selon que la luxation soit survenue au sport ou dans la vie courante4.

Après une première luxation de rotule

184 luxations primaires dans une cohorte consécutive de 1 145 genoux traumatisés, IRM à 6 jours médians

Diagramme des lésions articulaires associées à une première luxation de rotule et de l'incidence par âge Sur 184 luxations patellaires primaires, 43 pour cent des genoux présentent une lésion des surfaces articulaires et 18 pour cent une fracture ostéochondrale. L'incidence annuelle globale est de 14 pour 100 000 personnes, et atteint 125 pour 100 000 entre 13 et 15 ans. Ce que l'IRM trouve dans ces 184 genoux 43 % : lésion des surfaces articulaires 57 % : surfaces intactes 18 % dont fracture ostéochondrale : 32 genoux sur 184 Incidence annuelle, pour 100 000 personnes Toutes tranches d'âge 14 IC95 12 à 16 Entre 13 et 15 ans 125 IC95 96 à 160 Âge médian au premier épisode 16 ans interquartile 14 à 21, étendue 9 à 47 Pas de différence significative de risque de fracture ostéochondrale entre le sport et la vie courante (14 % contre 24 %, p = 0,08).

Source : Isacsson A, Olsson O, Englund M, Frobell RB. Int Orthop. 2023;47(4):973-981. PMID 36749375. Cohorte consécutive à bassin de population défini, ce qui rend les incidences interprétables ; les 43 % de lésions des surfaces incluent les constatations chirurgicales de 9 cas.

La conséquence pratique

Devant une première luxation de rotule chez un adolescent, la question n'est pas seulement l'instabilité future : c'est de savoir si une fracture ostéochondrale est présente, parce qu'un fragment libre ou un fragment fixable change la décision et le calendrier. Presque une luxation sur cinq en porte une, et la clinique seule ne les distingue pas.

L'ostéochondrite disséquante, l'autre entrée

L'ostéochondrite disséquante est la seconde grande voie vers une lésion ostéochondrale chez le sujet jeune, et elle obéit à une logique différente. La revue de Chau et ses collègues, publiée au Journal of Bone and Joint Surgery, en donne le cadre : elle touche surtout l'enfant actif et l'adulte jeune, siège au genou, au coude ou à la cheville, et peut mener à une arthrose précoce5.

Le point décisionnel tient en deux paramètres : la maturité squelettique et la stabilité de la lésion, cette dernière étant définie par la présence ou l'absence d'une fracture du cartilage articulaire et d'une séparation de l'os sous-chondral, appréciées par l'imagerie et l'arthroscopie. Le traitement est typiquement non opératoire pour les lésions stables chez le sujet à squelette immature, et opératoire en cas d'échec du conservateur ou de lésion instable5.

Les auteurs signalent que l'origine reste discutée (ischémie locale, ossification endochondrale aberrante de la physe sous-articulaire secondaire, microtraumatismes répétés, prédisposition génétique) et surtout que les recommandations de pratique clinique sont limitées par la rareté des preuves de haut niveau. Un effort multicentrique est en cours pour construire des classifications fiables et des algorithmes décisionnels à valeur pronostique.

Un lien mérite d'être fait ici avec ce que le site documente déjà : deux adolescents ayant développé une ostéochondrite disséquante à la suite d'une contusion osseuse d'un condyle fémoral sont rapportés dans notre article sur la contusion osseuse. Deux cas ne font pas une fréquence, mais ils justifient de surveiller un sujet à squelette immature après une impaction condylienne.

Drapeaux rouges devant un genou traumatisé

  • Blocage vrai, en extension incomplète, après un traumatisme : fragment ostéochondral libre jusqu'à preuve du contraire.
  • Hémarthrose d'installation rapide après une luxation de rotule : 43 % de ces genoux ont une lésion des surfaces articulaires, 18 % une fracture ostéochondrale4.
  • Sensation de corps étranger, accrochages reproductibles chez un adolescent : penser à l'ostéochondrite disséquante instable5.
  • Douleur qui persiste au-delà du délai attendu après une entorse grave, avec un LCA reconstruit : le cartilage accompagne le LCA dans 36 % des lésions de la série arthroscopique1.
  • Genou de l'enfant à squelette immature avec douleur mécanique persistante : l'ostéochondrite disséquante y a son propre calendrier de décision.

Pourquoi la taille de la lésion ne dit-elle pas la gêne du patient ?

C'est un des résultats les plus utiles du sujet, et un de ceux qui protègent le mieux le patient d'un discours anxiogène. Le lien entre ce que montre l'image et ce que vit la personne est faible.

Ce que 90 patients consécutifs établissent

Randsborg, Årøen et Owesen ont recueilli prospectivement les données préopératoires de 90 patients consécutifs programmés pour une chirurgie d'une lésion cartilagineuse isolée symptomatique, âge moyen 33,2 ans, 69 % d'hommes, puis les ont comparées à celles de patients programmés pour une reconstruction ligamentaire et pour une prothèse de genou3.

Premier résultat. Il n'y a pas de différence significative de scores entre les patients dont la lésion mesure moins de 2 cm² et ceux dont elle en mesure davantage, à une exception près : la sous-échelle « symptômes » du KOOS, meilleure chez les petites lésions (62,8 contre 51,9, p = 0,005). La corrélation entre taille de la lésion et score de Lysholm existe mais est faible, et elle disparaît après ajustement sur l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle et la localisation3.

Deuxième résultat. Le grade ICRS n'affecte pas les scores préopératoires. Ni la profondeur, ni la taille, ni la localisation n'ont d'impact notable sur les symptômes ressentis3.

Troisième résultat, et le plus frappant. Ces patients rapportent des symptômes plus sévères que les candidats à une reconstruction ligamentaire, et qui approchent ceux des candidats à une arthroplastie du genou3.

Ce que le patient ressent, et ce que l'image montre

90 patients programmés pour chirurgie cartilagineuse, comparés à deux autres populations opératoires

Diagramme de l'absence de relation entre les caractéristiques de la lésion et les symptômes La taille, la profondeur et la localisation de la lésion n'ont pas d'impact notable sur les symptômes. Seule la sous-échelle symptômes du KOOS diffère entre lésions de moins et de plus de 2 centimètres carrés, 62,8 contre 51,9. Les patients porteurs d'une lésion cartilagineuse rapportent des symptômes plus sévères que les candidats à une reconstruction ligamentaire et proches des candidats à une prothèse. Ce qui NE prédit PAS les symptômes La TAILLE effet disparu après ajustement Le GRADE ICRS aucun effet sur les scores La LOCALISATION aucun effet notable La seule différence retrouvée : sous-échelle symptômes du KOOS Lésion de moins de 2 cm² 62,8 Lésion de 2 cm² ou plus 51,9 p = 0,005 Ce que ces patients ressentent, en repères Symptômes PIRES que les candidats à une reconstruction ligamentaire, et PROCHES des candidats à une prothèse.

Source : Randsborg PH, Årøen A, Owesen C. Cartilage. 2022;13(2). PMID 35815409. Série prospective de 90 patients d'un centre : la comparaison aux deux autres populations opératoires est descriptive, pas appariée.

Ce que cela change dans la consultation

Trois conséquences directes.

La première est un devoir de prudence dans le discours. Annoncer une taille en centimètres carrés ou un grade ICRS comme s'il s'agissait d'un pronostic n'a pas de fondement : ces paramètres ne prédisent pas ce que le patient ressent aujourd'hui. Ils ont une valeur pour poser une indication chirurgicale, pas pour prédire un vécu.

La deuxième est un devoir de reconnaissance. L'autre face du même résultat est que ces patients vont souvent beaucoup moins bien qu'on ne l'imagine, jusqu'à un niveau de symptômes proche des candidats à la prothèse. Un jeune adulte avec une lésion de 1 cm² peut être très gêné, et cela n'a rien d'une exagération.

La troisième porte sur le suivi. Si la taille ne prédit pas la gêne, alors le suivi se fait sur des mesures fonctionnelles et sur les scores rapportés par le patient, pas sur des images répétées.

  • Ni la taille, ni la profondeur, ni le grade ICRS ne prédisent les symptômes préopératoires.
  • Une seule sous-échelle du KOOS distingue les lésions de moins de 2 cm² : les symptômes.
  • Ces patients rapportent des symptômes proches des candidats à une prothèse. Ce n'est pas une pathologie mineure.
  • Le suivi se fait sur la fonction et les scores, pas sur des IRM répétées.

Que valent réellement les chirurgies de réparation ?

Le kinésithérapeute ne pose pas l'indication, mais il reçoit les patients avant et après, et il est le premier interrogé sur ce que l'opération va apporter. La littérature récente est plus sobre que la réputation des techniques.

L'essai de 2025 : la microfracture n'est pas supérieure à un débridement

C'est le résultat le plus important de ces dernières années sur le sujet, et il vient d'un essai randomisé multicentrique en double insu, de niveau 1. Randsborg et ses collègues ont inclus 65 patients de 18 à 50 ans porteurs d'une lésion cartilagineuse fémorale isolée symptomatique de moins de 2 cm², randomisés entre microfracture (31) et débridement arthroscopique simple (34), suivis deux ans. Taille moyenne des lésions : 1,2 ± 0,6 cm²6.

Le critère principal, la variation du KOOS Qualité de vie à deux ans, ne diffère pas : 3,5 points (IC95 -10,0 à 16,9), p = 0,61. Aucun critère secondaire ne diffère non plus, à aucun temps de suivi, selon un modèle mixte linéaire. En revanche, les complications ne sont pas symétriques : 10 complications chez 5 patients dans le bras microfracture, contre 2 chez 2 patients dans le bras débridement. Conclusion des auteurs, mot pour mot : la microfracture n'était pas supérieure au débridement pour les lésions fémorales de moins de 2 cm²6.

Deux réserves à poser avec le résultat, sans l'affaiblir. L'effectif de 65 patients laisse un intervalle de confiance large, qui n'exclut pas un bénéfice modéré de la microfracture. Et le périmètre est étroit : lésions fémorales de moins de 2 cm², chez des adultes de 18 à 50 ans. Rien ne se transpose aux grandes lésions.

Le recul de quatorze à quinze ans

Knutsen et ses collègues ont suivi 80 patients porteurs d'une lésion cartilagineuse fémorale symptomatique chronique isolée, sans arthrose générale, inclus entre janvier 1999 et février 2000 et randomisés entre greffe autologue de chondrocytes et microfracture. Ils avaient publié les résultats à 2 ans puis à 5 ans ; en 2016 ils publient le recul de 14 à 15 ans, radiographies standardisées à l'appui7.

Aucune différence clinique significative entre les deux groupes. 17 échecs dans le groupe greffe contre 13 en microfracture, et davantage de prothèses totales dans le groupe greffe (6 contre 3). Les patients n'ayant pas échoué gardent une amélioration significative par rapport à leur état de départ, mais 57 % des survivants du groupe greffe et 48 % de ceux du groupe microfracture présentent une arthrose radiographique (Kellgren-Lawrence 2 ou plus), différence non significative7.

La conclusion des auteurs est inhabituellement franche pour un article de chirurgie : leurs résultats soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à l'efficacité de ces procédures pour retarder l'arthrose et éviter une nouvelle chirurgie.

Le risque d'échec et la fréquence de l'arthrose radiographique sont problématiques. Nos résultats soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à l'efficacité de ces procédures pour retarder l'arthrose et prévenir une nouvelle intervention.

La durabilité de la microfracture, mesurée deux fois

La revue systématique de Mithoefer et ses collègues, 28 études et 3 122 patients, recul moyen de 41 mois avec seulement 5 études à 5 ans ou plus, donne le tableau : la microfracture améliore la fonction du genou dans toutes les études pendant les 24 premiers mois, mais les données sur la durabilité de ce gain sont contradictoires. Le comblement du défaut à l'IRM est très variable et corrèle au résultat fonctionnel. Les limites relevées sont le caractère peu hyalin du tissu de réparation, le volume variable de cartilage produit, et une possible détérioration fonctionnelle8.

Deux essais randomisés à long terme ont depuis mesuré cette détérioration. Volz et ses collègues ont randomisé 47 patients entre microfracture, AMIC suturée et AMIC collée, et les ont suivis dix ans : les trois bras s'améliorent les deux premières années, puis le bras microfracture se détériore progressivement et significativement, tandis que les deux bras AMIC restent stables. Les scores MOCART sont comparables entre groupes9.

Gudas et ses collègues ont randomisé 60 athlètes d'âge moyen 24,3 ans entre mosaïcplastie et microfracture, avec un recul moyen de 10,4 ans. Les deux techniques restent au-dessus du niveau préopératoire mais déclinent entre 3 et 10 ans. À dix ans : 15 échecs (26 %), dont 4 (14 %) après mosaïcplastie et 11 (38 %) après microfracture. Le maintien du niveau d'activité physique antérieur est de 75 % après mosaïcplastie contre 37 % après microfracture. Les athlètes de moins de 25 ans à la chirurgie gardent de meilleurs scores10.

Quatre essais randomisés, et ce qu'ils disent de la microfracture

Comparateur, effectif, recul et résultat principal

Synthèse de quatre essais randomisés comparant la microfracture à d'autres techniques Randsborg 2025 compare microfracture et débridement chez 65 patients à 2 ans : pas de supériorité. Knutsen 2016 compare greffe de chondrocytes et microfracture chez 80 patients à 14-15 ans : équivalence clinique, environ un tiers d'échecs, arthrose radiographique chez la moitié des survivants. Volz 2024 compare AMIC et microfracture chez 47 patients à 10 ans : la microfracture se détériore, l'AMIC reste stable. Gudas 2012 compare mosaïcplastie et microfracture chez 60 athlètes à 10 ans : 38 pour cent d'échecs après microfracture contre 14 pour cent. Randsborg 2025 : microfracture contre DÉBRIDEMENT simple 65 patients, lésions fémorales de moins de 2 cm², 2 ans, double insu, niveau 1 Résultat : AUCUNE supériorité (KOOS QdV, différence 3,5 ; IC95 -10,0 à 16,9). 10 complications contre 2. Knutsen 2016 : greffe de CHONDROCYTES contre microfracture 80 patients, lésion fémorale isolée, recul de 14 à 15 ans Résultat : équivalence clinique. 17 échecs contre 13. Arthrose radiographique chez 57 % et 48 %. Volz 2024 : AMIC contre microfracture 47 patients, 3 bras (microfracture, AMIC suturée, AMIC collée), 10 ans Résultat : la microfracture SE DÉTÉRIORE après 2 ans, les deux bras AMIC restent stables. Gudas 2012 : MOSAÏCPLASTIE contre microfracture 60 athlètes, âge moyen 24,3 ans, recul moyen 10,4 ans Résultat : 38 % d'échecs après microfracture contre 14 %. Niveau sportif maintenu : 37 % contre 75 %.

Sources : Randsborg PH, et al. Am J Sports Med. 2025;53(9):2107-2117 (PMID 40570306) ; Knutsen G, et al. J Bone Joint Surg Am. 2016;98(16):1332-1339 (PMID 27535435) ; Volz M, et al. Eur J Orthop Surg Traumatol. 2024;34(5):2429-2437 (PMID 38630297) ; Gudas R, et al. Am J Sports Med. 2012;40(11):2499-2508 (PMID 23024150). Ces quatre essais ne portent ni sur les mêmes tailles de lésion, ni sur les mêmes populations, ni sur les mêmes durées : ils se lisent côte à côte, jamais comme une méta-analyse.

Ce qui soutient chaque décision, du plus solide au plus vide

Hiérarchie des preuves, décision par décision

Cartes empilées par niveau, avec le type d'étude qui les fonde

Hiérarchie des preuves des décisions concernant les lésions cartilagineuses du genou La remise en charge complète à six semaines après greffe de chondrocytes sur matrice repose sur trois essais randomisés, niveau élevé. Ne pas traiter un défaut découvert fortuitement repose sur une méta-analyse de 63 études, niveau élevé. La supériorité de la mosaïcplastie et de l'AMIC sur la microfracture à dix ans repose sur deux essais randomisés de faible effectif, niveau modéré. L'absence de supériorité de la microfracture sur le débridement sous deux centimètres carrés repose sur un essai en double insu de 65 patients, niveau modéré. La prévention de l'arthrose par la chirurgie n'est démontrée par aucune étude. Le transfert du calendrier de remise en charge à la microfracture n'a été testé par aucun essai. Charge complète à 6 semaines après greffe de chondrocytes sur matrice Trois essais randomisés successifs, recul jusqu'à 5 ans, aucune dégradation du greffon. ÉLEVÉ Ne pas traiter un défaut découvert fortuitement après 40 ans Méta-analyse de 63 études : 43 % des genoux SAINS de plus de 40 ans en portent un. ÉLEVÉ Mosaïcplastie et AMIC tiennent mieux que la microfracture à 10 ans Deux essais randomisés, mais 47 et 60 patients : effectifs modestes. MODÉRÉ Sous 2 cm², la microfracture ne bat pas le débridement Essai en double insu de niveau 1, mais 65 patients : intervalle de confiance large. MODÉRÉ Un programme de rééducation SEUL traite la lésion Aucune des seize sources ne l'établit. Aucune donnée d'histoire naturelle de la lésion non opérée. AUCUNE La chirurgie prévient l'arthrose : AUCUNE étude ne le montre, et Knutsen dit l'inverse Le calendrier de 6 semaines appliqué à une MICROFRACTURE : aucun essai ne l'a testé

Sources, dans l'ordre des cartes : Ebert 2008 (PMID 18434214), Edwards 2013 (PMID 23880403) et Ebert 2021 (PMID 33459833) ; Culvenor 2019 (PMID 29886437) ; Gudas 2012 (PMID 23024150) et Volz 2024 (PMID 38630297) ; Randsborg 2025 (PMID 40570306) ; Knutsen 2016 (PMID 27535435). Les niveaux affichés sont une lecture éditoriale de ces sources, pas une cotation GRADE formelle publiée.

  • Sous 2 cm², un essai en double insu ne trouve aucune supériorité de la microfracture sur un débridement, et davantage de complications.
  • À quinze ans, greffe de chondrocytes et microfracture sont équivalentes, avec environ un tiers d'échecs et une arthrose radiographique chez la moitié des survivants.
  • Deux essais à dix ans montrent que la microfracture se détériore là où AMIC et mosaïcplastie tiennent.
  • Aucune de ces techniques n'a démontré qu'elle prévenait l'arthrose. Les auteurs de Knutsen l'écrivent eux-mêmes.

Après réparation : pourquoi le délai de remise en charge commande tout

C'est le chapitre où le kinésithérapeute a le plus de prise, et où la littérature est, pour une fois, nette. Trois essais randomisés successifs ont raccourci le délai de remise en charge complète sans jamais abîmer le greffon.

Le point de départ : personne ne savait

Ebert et ses collègues ouvrent leur essai de 2012 par un constat qui date de moins de quinze ans : bien que la rééducation postopératoire structurée après greffe de chondrocytes soit considérée comme critique, très peu de données ont été publiées sur la façon d'augmenter progressivement la mise en charge et l'exercice après la chirurgie12. Les protocoles en usage venaient de la prudence, pas de la mesure.

Premier essai : 11 semaines contre 8

L'essai princeps randomise 62 patients après greffe de chondrocytes sur matrice au condyle fémoral médial ou latéral. Les deux protocoles protègent l'implant une période initiale puis augmentent la charge par paliers ; le groupe accéléré atteint la charge complète à 8 semaines, le groupe traditionnel à 1111.

À trois mois, le groupe accéléré fait de meilleures distances au test de marche de 6 minutes et une activité quotidienne mesurée par accélérométrie plus élevée. Il rapporte une amélioration significativement meilleure de la douleur au KOOS à 12 semaines. Et surtout : aucun patient, quel que soit le protocole, n'a subi d'effet indésirable sur l'implant à l'IRM de trois mois.

Le résultat biomécanique est le plus parlant. Comparés à un groupe témoin sain, les moments d'adduction et de flexion du genou du groupe traditionnel diffèrent significativement des sujets indemnes, ceux du groupe accéléré non. Autrement dit, moins de temps passé à marcher avec des béquilles se traduit par un retour plus rapide à une marche normale11.

Le même essai à cinq ans

Soixante-trois des 70 patients recrutés ont été revus cliniquement à cinq ans, 58 avec IRM haute résolution. Tous les scores cliniques et IRM s'améliorent significativement sur la période. Le groupe accéléré rapporte une douleur significativement moins fréquente à l'EVA à cinq ans ; aucune autre différence entre les deux groupes, ni clinique ni radiologique12.

Deux observations de cet essai méritent d'être retenues au-delà de la question de la charge. L'âge du patient et la taille du défaut corrèlent négativement avec plusieurs scores IRM à cinq ans. Et il n'existe aucune corrélation significative entre les scores cliniques et les scores IRM : ce que montre l'image du greffon ne dit pas ce que ressent le patient, exactement comme en préopératoire. À cinq ans, 94 % des patients sont satisfaits du soulagement de leur douleur et 95 % de leur capacité à mener leurs activités quotidiennes12.

La conclusion des auteurs vaut d'être citée : le protocole accéléré est sûr et efficace, et fournit des résultats cliniques comparables sinon supérieurs tout au long du suivi.

Deuxième essai : 8 semaines contre 6

Edwards, Ackland et Ebert ont ensuite testé un raccourcissement supplémentaire dans l'articulation tibio-fémorale. Vingt-huit genoux évalués à douze mois, charge complète à 6 semaines contre 8 semaines, ces 8 semaines étant explicitement présentées comme la « meilleure pratique actuelle » issue des travaux précédents14.

Les deux groupes s'améliorent significativement sur toutes les mesures. Le groupe accéléré obtient de meilleurs scores physiques au SF-36 à 8 semaines et un KOOS qualité de vie supérieur à 6 et 12 mois. Il retrouve l'extension active complète du genou dès 4 semaines, contre 12 semaines pour l'autre groupe. Aucune différence de qualité du greffon à l'IRM (score composite MOCART 3,34 contre 3,04), et aucun patient n'a subi d'effet indésirable de l'implant jusqu'à douze mois, quel que soit le protocole14.

Et le recul à cinq ans du protocole de six semaines

Ebert et ses collègues ont enfin suivi 35 patients (37 genoux) randomisés entre retour à la charge complète à 6 semaines (18) et à 8 semaines (19), avec un recul minimum de cinq ans (5,5 à 7 ans), incluant force isocinétique et IRM13.

Aucune différence entre les groupes, sur aucune mesure. Amélioration significative de tous les scores rapportés, de la distance de marche en 6 minutes, des amplitudes actives en flexion et en extension, et de l'index de symétrie de force des extenseurs. Satisfaction globale : 87,5 % à 6 semaines et 82,4 % à 8 semaines. Le score composite IRM décline non significativement entre un an et la revue finale, sans différence entre groupes. Deux greffons en échec à l'IRM, un patient orienté vers une arthroplastie : 8,1 % d'échec à cinq ans minimum13.

Les auteurs concluent que le retour à la charge complète en six semaines donne des résultats cliniques et IRM comparables au-delà de cinq ans sans compromettre le greffon, et que ce protocole est plus rapide que tous ceux proposés et étudiés jusqu'ici.

Le délai de remise en charge, raccourci deux fois sans dommage

Trois essais randomisés successifs après greffe de chondrocytes sur matrice, même équipe

Frise des délais de remise en charge complète testés par trois essais randomisés successifs L'essai de 2008 compare 11 semaines et 8 semaines avant charge complète et ne trouve aucun effet indésirable sur le greffon à l'IRM. L'essai de 2013 compare 8 semaines et 6 semaines, sans différence de qualité du greffon. L'essai de 2021 confirme à plus de 5 ans que 6 semaines équivaut à 8 semaines, avec 8,1 pour cent d'échec. Semaines avant la charge complète après greffe 6 semaines 8 semaines 11 semaines Ebert 2008, 62 patients accéléré : 8 sem. traditionnel : 11 sem. Aucun effet sur le greffon Edwards 2013, 28 genoux 6 sem. 8 sem. MOCART 3,34 contre 3,04 Ebert 2021, 37 genoux 6 sem. 8 sem. Recul 5 ans : aucune différence Aucun de ces trois essais n'a observé de dégradation du greffon attribuable à la remise en charge plus rapide.

Sources : Ebert JR, et al. Osteoarthritis Cartilage. 2008;16(10):1131-1140 (PMID 18434214) et Am J Sports Med. 2012;40(7):1527-1537 (PMID 22539536) ; Edwards PK, Ackland TR, Ebert JR. Am J Sports Med. 2013;41(10):2314-2324 (PMID 23880403) ; Ebert JR, et al. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2021;29(11):3825-3833 (PMID 33459833). Ces essais portent tous sur la GREFFE DE CHONDROCYTES SUR MATRICE au condyle fémoral, chez l'adulte. Les effectifs sont modestes (28 à 70 patients) et proviennent tous de la même équipe.

Ce que ces essais autorisent, et ce qu'ils n'autorisent pas

Ce qu'ils autorisent. Après greffe de chondrocytes sur matrice au condyle fémoral chez l'adulte, une progression amenant à la charge complète en six semaines est soutenue par trois essais randomisés, sans dégradation du greffon à l'IRM à trois mois, douze mois et cinq ans, avec moins de douleur, une extension active retrouvée plus tôt et une marche normalisée plus vite.

Ce qu'ils n'autorisent pas. Trois limites doivent accompagner ce résultat partout où on l'emploie.

  • Le périmètre est la greffe de chondrocytes sur matrice, au condyle fémoral, chez l'adulte. Aucun de ces essais ne porte sur la microfracture, ni sur la mosaïcplastie, ni sur l'AMIC. Transposer le calendrier à une microfracture est un raisonnement, pas une preuve, et il faut le dire au patient comme au chirurgien.
  • Les effectifs sont modestes et proviennent tous de la même équipe australienne : 62, puis 70, puis 28, puis 37 genoux. La cohérence de la série est un argument, elle ne remplace pas une réplication indépendante.
  • Le protocole ne se réduit pas à une date. Dans les deux bras de chaque essai, l'implant est protégé une période initiale, puis la charge augmente par paliers. Ce qui a été raccourci, c'est la durée de la progression, pas le principe de la progression.
  • Après greffe de chondrocytes sur matrice, la charge complète à 6 semaines est aussi sûre qu'à 8 ou 11, sur trois essais randomisés et jusqu'à 5 ans de recul.
  • Le groupe accéléré a moins de douleur, retrouve l'extension active dès 4 semaines, et normalise sa marche plus vite.
  • Aucun effet indésirable sur le greffon n'a été observé à l'IRM dans aucun de ces essais.
  • Le résultat ne se transpose pas tel quel à la microfracture, ni à l'AMIC, ni à la mosaïcplastie : aucun essai ne l'a testé.

Quand peut-on reprendre le sport, et à quel niveau ?

Deux revues systématiques, séparées de seize ans, donnent une réponse cohérente et une hiérarchie entre techniques que le patient a le droit de connaître avant d'être opéré.

Ce que la première revue avait établi

Mithoefer et ses collègues ont réuni 20 études et 1 363 patients, recul moyen 42 mois. Le retour au sport est possible pour 73 %, avec les taux les plus élevés après greffe ostéochondrale. Le délai varie de 7 à 18 mois selon la technique. Le retour initial au niveau antérieur à la blessure concerne 68 % des patients et ne varie pas significativement entre techniques ; le maintien de ce niveau dans le temps concerne 65 %, avec la meilleure durabilité après greffe de chondrocytes15.

Les facteurs qui influencent ce retour sont identifiés : âge de l'athlète, durée des symptômes avant l'opération, niveau de pratique, taille de la lésion et morphologie du tissu de réparation. La durée des symptômes préopératoires est le seul de ces facteurs sur lequel la filière de soins a prise, et c'est un argument pour ne pas laisser traîner le diagnostic.

Ce que la revue de 2025 ajoute

Kunze et ses collègues ont repris la question sur 52 études et 2 387 patients, avec des méta-analyses de proportions à effets aléatoires. Le retour au sport global est de 80,3 % (IC95 73,3 à 86,5)16.

La hiérarchie entre techniques est le résultat neuf. Pour le retour au même niveau ou à un niveau supérieur : greffe de chondrocytes sur matrice OR 2,15, greffe ostéochondrale OR 1,83. La microfracture est la seule technique associée à un retour à un niveau INFÉRIEUR, avec un OR de 0,78. Le retour le plus rapide est obtenu après greffe ostéochondrale : 6,6 ± 2,6 mois en moyenne16.

Les auteurs relèvent eux-mêmes un biais qu'il faut reprendre : tous les athlètes professionnels de leur échantillon avaient eu une microfracture, ce qui confond partiellement le niveau de pratique et la technique. L'association entre microfracture et retour à un niveau inférieur reste toutefois retrouvée aussi chez les amateurs. Le niveau de preuve global de cette revue est 4.

Retour au sport : à quel taux, à quel niveau, en combien de temps

52 études, 2 387 patients, méta-analyse de proportions

Diagramme du retour au sport après chirurgie de restauration cartilagineuse du genou Le retour au sport global est de 80,3 pour cent. Pour un retour au même niveau ou mieux, la greffe de chondrocytes sur matrice a un odds ratio de 2,15 et la greffe ostéochondrale de 1,83, tandis que la microfracture a un odds ratio de 0,78, seule technique associée à un retour à un niveau inférieur. Le délai le plus court est de 6,6 mois après greffe ostéochondrale, et l'ensemble des techniques s'échelonne de 7 à 18 mois. Retour au sport, toutes techniques 80,3 % Retour le plus rapide 6,6 mois greffe ostéochondrale Fourchette des délais 7 à 18 mois selon la technique Probabilité de revenir au MÊME niveau ou mieux, en odds ratio OR = 1 : ni avantage, ni désavantage Greffe de chondrocytes (MACI) OR 2,15 Greffe ostéochondrale (OATS) OR 1,83 Microfracture OR 0,78

Source : Kunze KN, Mazzucco M, Thomas Z, et al. Am J Sports Med. 2025;53(10):2471-2482. PMID 39790040. Niveau de preuve 4. La fourchette de 7 à 18 mois vient de Mithoefer K, et al. Am J Sports Med. 2009;37 Suppl 1:167S-176S (PMID 19861696). Biais signalé par les auteurs : tous les athlètes professionnels de l'échantillon avaient eu une microfracture, ce qui confond partiellement technique et niveau de pratique.

Quelle place pour le kinésithérapeute avant et sans chirurgie ?

Il faut ici être franc sur ce qui manque. Toute la littérature de rééducation citée dans cet article porte sur les suites d'une chirurgie. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire avant, ni sans.

Le trou dans la littérature, et pourquoi il faut le nommer

Il existe une asymétrie frappante dans ce dossier, et le clinicien la ressent tous les jours sans toujours l'identifier. La question « comment remettre en charge après une greffe » a reçu trois essais randomisés. La question « que devient une lésion cartilagineuse focale qu'on n'opère pas » n'en a reçu aucun dans ce socle, et les auteurs de la plus grande série arthroscopique publiée écrivent noir sur blanc que l'histoire naturelle des lésions cartilagineuses demeure inconnue1.

Cette lacune a une conséquence directe sur ce qu'on peut promettre. Personne ne sait dire à un patient de 30 ans porteur d'une lésion focale symptomatique de 1,5 cm² ce qu'il deviendra dans dix ans s'il ne se fait pas opérer. On sait, en revanche, ce qu'il devient s'il se fait opérer, et ce n'est pas triomphal : à quinze ans, environ un tiers d'échecs et la moitié des survivants avec une arthrose radiographique, quelle que soit la technique7.

La bonne manière de présenter cela à un patient n'est ni de dramatiser ni de rassurer faussement : c'est de dire qu'il existe deux inconnues, et que la décision se prend sur la gêne actuelle et le projet, pas sur une prédiction que personne ne peut faire.

Ce que le socle ne contient pas

Aucune des seize sources de cet article n'établit qu'un programme de rééducation isolé traite une lésion cartilagineuse focale, ni qu'il en modifie l'évolution structurelle. Il n'existe pas non plus, dans ce socle, de donnée d'histoire naturelle de la lésion focale non opérée. C'est une lacune, et elle doit être annoncée plutôt que comblée par des affirmations.

Ce que les données permettent quand même de tenir

Ne pas traiter une image. C'est la conséquence la plus directe des 24 % de défauts cartilagineux chez l'asymptomatique2. Un défaut découvert fortuitement chez un patient de plus de 40 ans se lit comme un signe d'âge, pas comme une indication.

Prendre au sérieux la gêne du patient, quelle que soit la taille de la lésion. Le symétrique du point précédent : quand un patient est gêné, il l'est souvent beaucoup, jusqu'à des niveaux de symptômes proches de ceux qui attendent une prothèse3. Minimiser parce que « la lésion est petite » n'a pas de fondement.

Traiter ce qui accompagne la lésion. Sept lésions sur dix ne sont pas isolées1 : ménisque médial et ligament croisé antérieur les accompagnent une fois sur trois chacun. La lésion associée est souvent celle sur laquelle il existe des données de rééducation, et souvent celle qui produit une part de la gêne. La prise en charge du LCA opéré est détaillée dans notre article dédié.

Raccourcir le délai avant la décision. La durée des symptômes préopératoires est un des facteurs qui influencent le retour au sport15. Chez un sujet jeune avec un tableau focal et un mécanisme daté, laisser traîner six mois de rééducation d'attente sans réévaluation est un choix qui a un coût.

Préparer la chirurgie quand elle est décidée. Force, amplitudes, contrôle moteur et compréhension du calendrier post-opératoire : le patient qui arrive au bloc avec un quadriceps entretenu et une extension complète ne part pas du même point.

Le renforcement quand la charge est limitée

La phase post-opératoire pose un problème mécanique précis : pendant les six à onze semaines de charge progressive, le quadriceps fond, et c'est justement lui qu'il faudra pour reprendre. C'est la configuration où le renforcement sous restriction du flux sanguin trouve son indication de principe, puisqu'il produit un gain de force à faible intensité de charge. Aucune des sources de cet article ne l'a évalué dans cette indication précise : c'est une transposition raisonnée, et elle doit être présentée comme telle.

Ce que les essais d'Ebert mesurent, en revanche, mérite d'être suivi comme un objectif : à cinq ans, l'index de symétrie de force des extenseurs du genou s'améliore significativement dans les deux bras13. C'est une mesure simple, reproductible, et directement pilotable en rééducation.

Les phases, et le repère qui les sépare

Ce découpage n'est pas un protocole validé. C'est la mise en forme de ce que les trois essais d'Ebert décrivent de leurs deux bras, complétée par les critères qu'ils mesurent. Il vaut pour la greffe de chondrocytes sur matrice au condyle fémoral chez l'adulte, et pour elle seule.

Phases de la rééducation après greffe de chondrocytes sur matrice au condyle fémoral
PhaseCe qui s'y joueCe que les essais mesurent
Protection initiale
semaines 0 à 2
L'implant est protégé. Les deux bras de chaque essai passent par cette période, elle n'a jamais été raccourcieC'est le seul segment que les essais n'ont PAS testé : ils ont raccourci la progression qui suit, pas la protection qui précède11
Charge progressive par paliers
semaines 2 à 6
La charge augmente par incréments. C'est ce segment qui a été comprimé de 11 à 8 puis à 6 semainesExtension active complète obtenue dès 4 semaines dans le bras à 6 semaines, contre 12 semaines dans le bras à 814
Charge complète
à partir de la semaine 6
Fin des cannes. Travail de force et de marcheMeilleure distance au test de 6 minutes et activité quotidienne plus élevée à l'accélérométrie dans le bras accéléré11
Force et symétrie
mois 3 à 12
Récupération de la force des extenseurs, cible mesurable et pilotableL'index de symétrie de force des extenseurs s'améliore significativement dans les deux bras à 5 ans13
Retour au sport
mois 7 à 18
Selon la technique et le sport visé80,3 % de retour au sport global, 6,6 mois après greffe ostéochondrale, 7 à 18 mois selon la technique1615

Deux choses méritent d'être soulignées dans ce tableau. La première est que la période de protection initiale n'a jamais été raccourcie : ce que les essais ont comprimé, c'est la durée de la progression, pas le principe de protéger l'implant au départ. La seconde est que l'extension active complète est le marqueur le plus précoce et le plus net du bénéfice : quatre semaines contre douze, c'est un écart de deux mois sur un paramètre qui conditionne la marche, la force et le vécu du patient.

Comment appliquer concrètement en pratique ?

Trois situations couvrent l'essentiel de ce qui arrive au cabinet : le défaut découvert par hasard, le genou traumatisé du sujet jeune, et le post-opératoire.

Situation 1 : un défaut cartilagineux découvert sur une IRM

La première question n'est pas « que faire de cette lésion » mais « cette lésion explique-t-elle ce dont se plaint le patient ». Trois éléments orientent : l'âge (43 % des genoux sains de plus de 40 ans en portent un2), le caractère focal ou diffus de l'atteinte, et l'existence d'un événement déclenchant daté.

Si la réponse penche vers l'usure, la prise en charge est celle de l'arthrose, décrite dans la gonarthrose, et la question méniscale associée dans les lésions méniscales dégénératives. Si elle penche vers une lésion focale chez un sujet jeune, l'avis chirurgical se justifie, et le délai compte.

Situation 2 : un genou traumatisé chez un sujet jeune

Après une luxation de rotule, retenir les 43 % de lésions des surfaces articulaires et les 18 % de fractures ostéochondrales4 : l'IRM en phase subaiguë n'est pas un luxe. Un blocage vrai ou une sensation de corps étranger doit faire évoquer un fragment libre et accélérer le circuit.

Chez un sujet à squelette immature, l'ostéochondrite disséquante a sa propre logique : la décision se prend sur la maturité squelettique et la stabilité de la lésion, et les lésions stables chez l'immature se traitent typiquement sans chirurgie5.

Situation 3 : le post-opératoire

La première chose à établir est quelle technique a été faite, parce que c'est elle qui commande à la fois le calendrier et le pronostic sportif. La seconde est le protocole de charge prescrit, et la troisième est de savoir si ce protocole a une justification dans la technique employée.

Ce que chaque technique implique pour la rééducation et le retour au sport
TechniqueCe que les essais montrentRetour au sportPreuve sur le délai de charge
Greffe de chondrocytes sur matriceÉquivalente à la microfracture à 15 ans7. 94 à 95 % de patients satisfaits à 5 ans dans la série d'Ebert12OR 2,15 pour un retour au même niveau ou mieux16Trois essais randomisés : charge complète à 6 semaines, sûre jusqu'à 5 ans
Greffe ostéochondrale (mosaïcplastie)14 % d'échecs à 10 ans contre 38 % pour la microfracture ; niveau sportif maintenu par 75 % contre 37 %10OR 1,83, et le retour le plus RAPIDE : 6,6 mois16Aucun essai de remise en charge
AMICStable à 10 ans là où la microfracture se détériore9Non isolée dans les revues disponiblesAucun essai de remise en charge
MicrofractureGain constant les 24 premiers mois, durabilité contradictoire8. Non supérieure au débridement sous 2 cm²6OR 0,78 : seule technique associée à un retour à un niveau INFÉRIEUR16Aucun essai de remise en charge

Trois erreurs qui coûtent cher

Première erreur : transposer le calendrier de la greffe à une microfracture en croyant s'appuyer sur des preuves. Les trois essais de remise en charge accélérée portent tous sur la greffe de chondrocytes sur matrice. Le raisonnement peut se tenir, mais il faut le nommer comme un raisonnement.

Deuxième erreur : allonger un protocole de charge « par prudence ». C'est le geste qui paraît sans risque et qui n'en est pas un : le groupe traditionnel des essais d'Ebert a plus de douleur, retrouve son extension active huit semaines plus tard, et garde une marche anormale plus longtemps, sans aucun gain sur le greffon1114.

Troisième erreur : promettre le niveau sportif antérieur sans regarder la technique. Le taux global de 80,3 % est encourageant, mais il masque une hiérarchie que le patient a le droit de connaître, et dans laquelle la microfracture est la seule technique associée à un retour à un niveau inférieur16.

Questions fréquentes

Un défaut du cartilage vu à l'IRM veut-il dire que l'arthrose commence ?

Pas nécessairement. Un genou asymptomatique et jamais blessé sur quatre en porte un, et cette proportion monte à 43 % après 40 ans2. L'image doit être interprétée dans le contexte clinique, ce que les auteurs de cette méta-analyse écrivent explicitement.

Comment distinguer une lésion traumatique d'une usure débutante ?

Sur quatre éléments cliniques, pas sur l'image seule : l'âge, l'existence d'un événement déclenchant daté, le nombre de lésions, et l'état du cartilage voisin. Les lésions focales de grade III ou IV au nombre de une à trois chez un sujet de moins de 40 ans ne représentent que 7 % d'une série de 25 124 arthroscopies1.

Une grande lésion fait-elle plus mal qu'une petite ?

Non, pas de façon mesurable. Sur 90 patients programmés pour chirurgie, aucune différence de scores entre lésions de moins et de plus de 2 cm² sauf une sous-échelle du KOOS, et le grade ICRS n'affecte pas les scores préopératoires3.

Faut-il opérer une lésion de moins de 2 cm² ?

La question est ouverte, et un essai récent la déplace : chez des patients de 18 à 50 ans avec une lésion fémorale isolée de moins de 2 cm², la microfracture n'a pas fait mieux qu'un débridement arthroscopique simple à deux ans, avec plus de complications6. Cela ne dit pas qu'il ne faut rien faire, cela dit que la microfracture n'est pas l'évidence qu'on croyait dans ce créneau.

La chirurgie évite-t-elle l'arthrose ?

Rien ne le montre. À 14-15 ans, 57 % des survivants du groupe greffe de chondrocytes et 48 % du groupe microfracture présentent une arthrose radiographique, et les auteurs écrivent que leurs résultats soulèvent de sérieuses inquiétudes sur l'efficacité de ces procédures à retarder l'arthrose7.

Combien de temps sans appui après une greffe de cartilage ?

Le protocole le mieux soutenu amène à la charge complète en six semaines, par paliers progressifs, après greffe de chondrocytes sur matrice au condyle fémoral. Trois essais randomisés successifs ont raccourci ce délai de 11 à 8 puis de 8 à 6 semaines sans jamais observer de dégradation du greffon à l'IRM111413.

Ce délai vaut-il aussi après microfracture ?

Aucun essai ne l'a testé. Toute la série d'Ebert porte sur la greffe de chondrocytes sur matrice. Appliquer le même calendrier après microfracture est une transposition défendable, mais c'est un raisonnement et non une preuve, et il faut le présenter ainsi.

Peut-on aller plus vite que six semaines ?

Rien ne le soutient à ce jour. Les auteurs du dernier essai écrivent eux-mêmes que leur protocole de six semaines est plus rapide que tous ceux proposés et étudiés jusqu'ici13 : il n'y a pas de donnée en deçà.

Quand reprendre le sport ?

Entre 7 et 18 mois selon la technique, avec un retour au sport global de 80,3 %1615. Le plus rapide est obtenu après greffe ostéochondrale, à 6,6 ± 2,6 mois en moyenne. Ces chiffres sont des moyennes de séries, pas un calendrier individuel.

Une luxation de rotule justifie-t-elle une IRM ?

Chez un adolescent après un premier épisode, les chiffres plaident pour : 43 % de ces genoux ont une lésion des surfaces articulaires et 18 % une fracture ostéochondrale, avec une IRM réalisée à six jours médians dans la cohorte de référence4. Le risque n'est pas plus faible pour une luxation survenue hors sport.

Que peut apporter la kinésithérapie sans chirurgie ?

Il faut être honnête : aucune des seize sources de cet article n'établit qu'un programme de rééducation traite une lésion cartilagineuse focale. Ce que la kinésithérapie peut faire est de traiter ce qui accompagne la lésion (sept lésions sur dix ne sont pas isolées1), de restaurer force et fonction, de préparer une éventuelle chirurgie, et de ne pas laisser traîner une situation où le délai avant décision compte.

Références

Seize références, vérifiées une à une par les E-utilities du NCBI : PMID réel, revue, année de fascicule, liste d'auteurs complète, et résumé lu pour contrôler que la source établit bien ce qui lui est attribué. Le socle de travail est versionné dans le dépôt, avec la liste de ce qu'il ne soutient pas.

Fréquence, et la ligne entre lésion et usure (5)
  1. Widuchowski W, Widuchowski J, Trzaska T. Articular cartilage defects: study of 25,124 knee arthroscopies. Knee. 2007;14(3):177-182. PMID 17428666.
  2. Culvenor AG, Øiestad BE, Hart HF, Stefanik JJ, Guermazi A, Crossley KM. Prevalence of knee osteoarthritis features on magnetic resonance imaging in asymptomatic uninjured adults: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2019;53(20):1268-1278. PMID 29886437.
  3. Randsborg PH, Årøen A, Owesen C. The Effect of Lesion Size on Pain and Function in Patients Scheduled for Cartilage Surgery of the Knee. Cartilage. 2022;13(2). PMID 35815409.
  4. Isacsson A, Olsson O, Englund M, Frobell RB. Incidence and concomitant chondral injuries in a consecutive cohort of primary traumatic patellar dislocations examined with sub-acute MRI. Int Orthop. 2023;47(4):973-981. PMID 36749375.
  5. Chau MM, Klimstra MA, Wise KL, Ellermann JM, Tóth F, Carlson CS, Nelson BJ, Tompkins MA. Osteochondritis Dissecans: Current Understanding of Epidemiology, Etiology, Management, and Outcomes. J Bone Joint Surg Am. 2021;103(12):1132-1151. PMID 34109940.
Ce que valent les chirurgies de réparation (5)
  1. Randsborg PH, Aae TF, Visnes H, Birkenes T, Benth JŠ, Lian ØB, Hanvold HA, Årøen A. Microfracture Versus Arthroscopic Debridement for the Treatment of Symptomatic Cartilage Lesions of the Knee: 2-Year Results From a Multicenter Double-Blinded Randomized Controlled Trial. Am J Sports Med. 2025;53(9):2107-2117. PMID 40570306.
  2. Knutsen G, Drogset JO, Engebretsen L, Grøntvedt T, Ludvigsen TC, Løken S, Solheim E, Strand T, Johansen O. A Randomized Multicenter Trial Comparing Autologous Chondrocyte Implantation with Microfracture: Long-Term Follow-up at 14 to 15 Years. J Bone Joint Surg Am. 2016;98(16):1332-1339. PMID 27535435.
  3. Mithoefer K, McAdams T, Williams RJ, Kreuz PC, Mandelbaum BR. Clinical efficacy of the microfracture technique for articular cartilage repair in the knee: an evidence-based systematic analysis. Am J Sports Med. 2009;37(10):2053-2063. PMID 19251676.
  4. Volz M, Schaumburger J, Gellißen J, Grifka J, Anders S. A randomized controlled trial demonstrating sustained benefit of autologous matrix-induced chondrogenesis (AMIC) over microfracture: 10-year follow-up. Eur J Orthop Surg Traumatol. 2024;34(5):2429-2437. PMID 38630297.
  5. Gudas R, Gudaite A, Pocius A, Gudiene A, Cekanauskas E, Monastyreckiene E, Basevicius A. Ten-year follow-up of a prospective, randomized clinical study of mosaic osteochondral autologous transplantation versus microfracture for the treatment of osteochondral defects in the knee joint of athletes. Am J Sports Med. 2012;40(11):2499-2508. PMID 23024150.
Remise en charge après réparation (4)
  1. Ebert JR, Robertson WB, Lloyd DG, Zheng MH, Wood DJ, Ackland T. Traditional vs accelerated approaches to post-operative rehabilitation following matrix-induced autologous chondrocyte implantation (MACI): comparison of clinical, biomechanical and radiographic outcomes. Osteoarthritis Cartilage. 2008;16(10):1131-1140. PMID 18434214.
  2. Ebert JR, Fallon M, Zheng MH, Wood DJ, Ackland TR. A randomized trial comparing accelerated and traditional approaches to postoperative weightbearing rehabilitation after matrix-induced autologous chondrocyte implantation: findings at 5 years. Am J Sports Med. 2012;40(7):1527-1537. PMID 22539536.
  3. Ebert JR, Fallon M, Wood DJ, Janes GC. An accelerated 6-week return to full weight bearing after matrix-induced autologous chondrocyte implantation results in good clinical outcomes to 5 years post-surgery. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2021;29(11):3825-3833. PMID 33459833.
  4. Edwards PK, Ackland TR, Ebert JR. Accelerated weightbearing rehabilitation after matrix-induced autologous chondrocyte implantation in the tibiofemoral joint: early clinical and radiological outcomes. Am J Sports Med. 2013;41(10):2314-2324. PMID 23880403.
Retour au sport (2)
  1. Mithoefer K, Hambly K, Della Villa S, Silvers H, Mandelbaum BR. Return to sports participation after articular cartilage repair in the knee: scientific evidence. Am J Sports Med. 2009;37 Suppl 1:167S-176S. PMID 19861696.
  2. Kunze KN, Mazzucco M, Thomas Z, Uzzo R, Rodeo SA, Warren RF, Wickiewicz TL, Williams RJ. High Rate of Return to Sport for Athletes Undergoing Articular Cartilage Restoration Procedures for the Knee: A Systematic Review of Contemporary Studies. Am J Sports Med. 2025;53(10):2471-2482. PMID 39790040.
  • Un défaut cartilagineux est présent chez 24 % des genoux asymptomatiques, et 43 % après 40 ans. Il ne s'interprète pas sans la clinique.
  • Ni la taille, ni le grade, ni la localisation ne prédisent la gêne. Et ces patients vont souvent moins bien qu'on ne le croit.
  • Sous 2 cm², la microfracture n'est pas supérieure à un débridement. À quinze ans, aucune technique n'a montré qu'elle prévenait l'arthrose.
  • Après greffe de chondrocytes sur matrice, la charge complète à 6 semaines est soutenue par trois essais randomisés, sans dégradation du greffon.
  • Ce calendrier n'a pas été testé après microfracture, AMIC ou mosaïcplastie, et l'article le dit à chaque endroit où la question se pose.

Cette page traite la lésion cartilagineuse focale du genou et ses suites chirurgicales. L'usure diffuse et sa prise en charge conservatrice font l'objet d'un article distinct : la gonarthrose. La question méniscale du même terrain est traitée dans les lésions méniscales dégénératives. L'os sous-chondral et l'œdème médullaire post-traumatique sont détaillés dans la contusion osseuse. Les lésions ligamentaires qui accompagnent une lésion cartilagineuse une fois sur trois sont décrites dans les entorses du genou et, pour le post-opératoire, dans la rééducation après reconstruction du LCA. Enfin, la douleur antérieure du genou, dont le diagnostic différentiel croise celui-ci, est traitée dans le syndrome fémoro-patellaire.

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